Un soldat de l'Armée rouge montant la garde devant un magasin d'alimentation en 1932 en Ukraine ©Getty - Pictures from History
Un soldat de l'Armée rouge montant la garde devant un magasin d'alimentation en 1932 en Ukraine ©Getty - Pictures from History
Un soldat de l'Armée rouge montant la garde devant un magasin d'alimentation en 1932 en Ukraine ©Getty - Pictures from History
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Résumé

Second volet d'une série de quatre émissions consacrées à l'histoire de l'Ukraine avec Nicolas Werth et Thomas Chopard.

avec :

Nicolas Werth (directeur de recherche émérite au CNRS et président de la branche française de Memorial International), Thomas Chopard (Doctorant Les violences exercées au cours du processus révolutionnaire et de la guerre civile en Ukraine (1918-1922), thèse à l'EHESS sous la direction d'Alain Blum.).

En savoir plus

Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s’entretiennent avec les historiens Nicolas Werth et Thomas Chopard et reviennent sur cette période des années 20-30 en Ukraine qui constitue un nœud extrêmement complexe qui joue encore aujourd’hui une importance fondamentale dans l'histoire du pays.

Une guerre de huit ans

Au sujet de la Première Guerre mondiale, l'historien Nicolas Werth parle d'une guerre de huit ans, et revient sur cette période de l'histoire de l'Ukraine qui va de 1914 à 1922 qu'il définit comme "un exemple extrême de brutalisation de la société ukrainienne, à la fois guerrière, révolutionnaire et nationale. Ces affrontements multiformes qui ont mêlé des enjeux économiques, politiques et nationaux ont provoqué une espèce de tumulte unique dans l’histoire de l’Europe du premier tiers du XXe siècle."

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Un constat que partage Thomas Chopard qui pour sa part, estime qu'en Ukraine, la Première Guerre mondiale n’a jamais pris fin : " Les combats n’ont pas cessé en 1917 comme ce fut le cas ailleurs dans l'ancien empire russe suite à différents cessez-le-feu. En mars 1918, suite au traité de Brest-Litovsk, l’armée allemande occupe l'Ukraine. Et l’armée tsariste en décomposition, rapidement débandée par le jeune pouvoir soviétique, se dissout dans le pays : les soldats rentrent dans leur village avec des armes, mais surtout un savoir-faire à la violence armée sans commune mesure. Ainsi la Première Guerre mondiale s’est imbriquée en Ukraine avec une guerre civile qui voit s’affronter Russes blancs, Russes soviétiques et ce qu'on appelait les "Verts", des paysans qui se sont soulevés dans tout le pays, et de nombreuses bandes armées.

1921-1933 : une décennie marquée par le chaos et les famines

Paysans ukrainiens dépossédés de leurs récoltes par les réquisitions forcées de l'Holodomor (1933)
Paysans ukrainiens dépossédés de leurs récoltes par les réquisitions forcées de l'Holodomor (1933)
© Getty - Pictures From History/Universal Images Group

A la fin des années 20, Staline et son groupe l’emporte sur les autres fractions au sein du parti bolchévique, cette victoire politique va notamment se traduire par un assaut contre la paysannerie et une collectivisation des terres à marche forcée. Comme le rappelle Nicolas Werth, l’Ukraine est l'une des régions les plus riches et les plus productives de l'Union. En raison de son importance stratégique, c'est donc sur elle que va porter l’effort de collectivisation le plus rapide, accompagné de mesures répressives à l'encontre de tous ceux qui s’y opposent et qu’on va nommer "koulak" mais qui regroupe en fait un spectre très large de gens qui ne veulent pas de cette collectivisation forcée des campagnes.

Pour Nicolas Werth, ce qui distingue la terrible famine de 1932-1933 d'autres comme celle survenue au Kazakhstan et qui a décimé 1,4 million de Kazakhs, c'est son caractère politique et son intentionalité "La particularité de la famine en Ukraine, c’est qu'à partir de l'automne 1932, Staline décide d’utiliser l’arme de la faim pour briser les résistances, non seulement des paysans, mais aussi d’un grand nombre de membres et même de cadres du Parti qui ont compris que remplir le plan de collecte imposé revenait à condamner des millions de gens à la famine et qui refusent de le remplirC’est aussi cette opposition de l’intelligentsia que la famine - et les répressions qui l’accompagnent (plus de 150 000 personnes sont arrêtées fin 1932-début 1933) doit briser."

59 min

Le terrible bilan de l'Holodomor

Si une première famine, survenue en 1921, avait fait 700 000 morts parmi les paysans pillés par les bataillons de réquisition de l’Armée rouge et devenus incapables de produire pour eux-mêmes, comme le rappelle Thomas Chopart, celle qui frappe de nouveau l'Ukraine dix ans plus tard sera sans commune mesure. Les historiens considèrent qu'en huit mois, entre janvier et août 1933, elle a fait entre 3,5 millions et 4 millions de victimes sur une population totale de 35 à 40 millions soit 10% à 12%. Pour autant, peut-on qualifier cette famine d'une intensité extraordinaire - qui atteindra une mortalité de 15 000 morts par jour - de génocide ? Comme le rappelle Anaïs Kien, si le Parlement ukrainien a déclaré que l'Holodomor constituait bel et bien un génocide, les Nations-Unies pour leur part n'ont pas choisi de retenir cette qualification. Contrairement à la famine de 1921, pour laquelle le régime soviétique avait appelé à l’aide la communauté internationale, celle de 1932 est demeurée cachée pendant de longues années et n'a réellement commencée à être analysée par les historiens que dans les années 1980. Pour l'historien Nicolas Werth "une des grandes caractéristiques de cette famine, c’est le silence qui a entouré ce crime de masse."

Textes lus et archives diffusées

  • Mikhaïl Boulgakov, La Garde blanche
  • Henri Barbusse, déclaration en Ukraine
  • Lettre de Mikhaïl Cholokhov à Staline, 4 avril 1933 (textes lus par Catherine Jarrett)
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production déléguée
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée