Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondateurs de la Ligue spartakiste, assassinés à Berlin le 15 janvier 1919, à la fin d'une « semaine sanglante » qui allait devenir l'un des stigmates de la République de Weimar
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondateurs de la Ligue spartakiste, assassinés à Berlin le 15 janvier 1919, à la fin d'une « semaine sanglante » qui allait devenir l'un des stigmates de la République de Weimar
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondateurs de la Ligue spartakiste, assassinés à Berlin le 15 janvier 1919, à la fin d'une « semaine sanglante » qui allait devenir l'un des stigmates de la République de Weimar ©AFP - ODD ANDERSEN
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondateurs de la Ligue spartakiste, assassinés à Berlin le 15 janvier 1919, à la fin d'une « semaine sanglante » qui allait devenir l'un des stigmates de la République de Weimar ©AFP - ODD ANDERSEN
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, co-fondateurs de la Ligue spartakiste, assassinés à Berlin le 15 janvier 1919, à la fin d'une « semaine sanglante » qui allait devenir l'un des stigmates de la République de Weimar ©AFP - ODD ANDERSEN
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Résumé

De Kiel à Berlin, du mouvement spartakiste à la République des Conseils de Bavière en passant, outre-Rhin, par la République d'Alsace-Lorraine, 1919 marque aussi la naissance d'éphémères républiques ouvrières, qui empruntent au modèle de la révolution soviétique et seront réprimées dans le sang.

avec :

Christian Baechler (historien, professeur à l'Université Marc-Bloch (Strasbourg)), William Irigoyen (journaliste), Jean-Numa Ducange (Maître de conférences en histoire politique et sociale des XIXe et XXe siècles en Europe à l’université de Rouen).

En savoir plus

Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay s'entretiennent avec Jean-Numa Ducange, maître de conférences en histoire à l'université de Rouen et William Irigoyen, journaliste.

L’Alsace-Lorraine, république socialiste en 1919, c’est une fake news ?

William Irigoyen : Non, mais c’est en effet un épisode peu connu de notre histoire. Le 13 novembre 1918, le drapeau rouge est hissé au sommet de la cathédrale de Strasbourg. Cela a l’air d’être anecdotique mais ça ne l’est pas, parce que les sociaux- démocrates strasbourgeois – encore allemands - étaient divisés, entre d’un côté les germanistes, de l’autre les francophiles. Donc ce drapeau rouge est le plus petit commun dénominateur que les révolutionnaires ont trouvé. Pour une instance qui était chargée d’effectuer la démobilisation des soldats en bon ordre, hisser des bannières tricolores aurait créé du désordre.

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Jean-Numa Ducange : Paradoxalement, la forte identité régionale, autonomiste, de l’Alsace, favorise les idées internationalistes. Le fait d’être entre deux camps, de ne pas vouloir diviser les troupes, permet d’avoir des projets de républiques autonomes, indépendantes à la fois de la France et de l’Allemagne, sous le drapeau international. Mais s’il permet à cette gauche alsacienne de ne pas trancher, ce drapeau rouge permet aussi de porter haut les idées défendues par la social-démocratie avant la guerre.

Comment ces mouvements révolutionnaires se sont-ils propagés, depuis la mutinerie des marins de Kiel jusqu'à Strasbourg ?

Axel Weipert : A partir de novembre 1918, des soulèvements ont lieu à Munich, dans la Ruhr, à Halle, Leipzig ou Hambourg,. A Berlin bien sûr ils prennent une autre dimension parce que c’est la plus grande ville d'Allemagne et le siège du gouvernement central. Mais si Berlin a joué un rôle fondamental dans la révolution, elle n’était qu’un foyer parmi d’autres. Et chaque révolution a eu ses spécificités. A Berlin, les radicaux étaient très forts. A Kiel, c’était plutôt les modérés. A Munich, c’était une révolution beaucoup plus intellectuelle. Mais au-delà des leurs différences, les révolutionnaires aspiraient tous à mettre fin à la guerre et à l’instauration de conseils ouvriers, considérés comme l’incarnation d’une véritable démocratie. Ce qui rend les recherches et les essais sur cette période aussi passionnants c’est qu’il n’y a aujourd’hui aucun consensus politique sur l’héritage de cette révolution allemande. Chacun la juge à l’aune de ses propres convictions politiques.

Jean-Numa Ducange : La crainte majeure de Clémenceau, c’est que l’Allemagne, après la Russie, bascule dans la révolution sociale. Parce qu’il y a ces conseils ouvriers qui se mettent en place à partir de Kiel dans de nombreuses villes allemandes, et même s’ils sont dans la modération, l’Allemagne vit une situation insurrectionnelle avec une centaine de morts encore dans les rues de Berlin dans les premiers mois de 1919. Quand on lit la presse française de l’époque, la crainte n°1 c’est que cet espace géographique qui va de l’Alsace à la Pologne bascule dans le bolchévisme.

Avec les analyses de Christian Baechler, professeur d'histoire contemporaine à l'université Marc Bloch de Strasbourg, Raymond Ruck, secrétaire général de la CGT en Alsace et de l'historien allemand Axel Weipert.

Musique diffusée

  • Hanns Eisler, Spartakus 1919
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Céline Leclère
Collaboration
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Thomas Dutter
Réalisation
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Victor Macé de Lépinay
Production déléguée
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Production déléguée