Camp tsigane, autour de 1910
Camp tsigane, autour de 1910 ©Getty - Science & Society Picture Library
Camp tsigane, autour de 1910 ©Getty - Science & Society Picture Library
Camp tsigane, autour de 1910 ©Getty - Science & Society Picture Library
Publicité

Dans le sillage des nationalismes de 1870, les pays d’Europe mettent les étrangers sous surveillance. On a peur de l’ennemi, du traître, de l’espion et bientôt on a peur des « bohémiens ». Se crée alors une nouvelle catégorie administrative : celle des "nomades" à qui l'on va imposer un "carnet"...

Avec
  • Emmanuel Filhol historien, maître de conférences hors classe à l'université Bordeaux I

Dans le sillage des nationalismes de 1870, les pays d’Europe mettent les étrangers sous surveillance. On a peur de l’ennemi, du traître, de l’espion et bientôt aussi on a peur des « bohémiens ». Alors on commence par créer une catégorie administrative : celle des nomades - qui ne sont ni des forains ni des marchands ambulants - puis l’Etat va les recenser et leur imposer un carnet anthropométrique, dans lequel figurent leurs photos face/profil, leurs empreintes digitales, des mensurations précises de leur corps et une liste de leurs caractéristiques et signes particuliers selon la méthode Bertillon qui s’applique d’ordinaire aux criminels et aux récidivistes… Chaque « nomade » en a un à partir de 13 ans et le chef de famille en a un autre, collectif qui recense toutes la famille… Ce carnet donne des obligations aux nomades qui doivent le faire signer à l’arrivée et à la sortie de chaque ville où ils stationnent, ville dans lesquelles ils ne peuvent rester plus de 48h. On leur impose aussi un contrôle des vaccinations et une plaque de métal fixée à leurs véhicules. Ils sont stigmatisés, sans cesse contrôlés, en relation permanente avec l’administration. L’idée étant de rendre leur mode de vie impraticable, de les sédentariser ou de les chasser quand bien même ils sont français depuis des générations… A partir de 1940 toujours selon le principe et le prétexte de la peur de l’espion, la troisième république assigne les nomades à résidence puis à la demande des allemands internés dans ces camps de rétention, qu’à l’époque on désigne sous le nom de camps de concentration. Ils sont d’autant plus facilement repérables qu’ils sont fichés depuis 1912 et ils ne seront libérés qu’après la libération, en mai 1946, en ayant été dépouillés de tous leurs biens… Après la guerre le fichage reprend comme si de rien n’était et en 1969, le carnet anthropométrique est remplacé par le carnet de circulation, que l’on doit faire signer tous les mois…puis tous les trois mois. Et ce n’est que très récemment, en octobre 2012 que le conseil constitutionnel invalide cette institution.

Carnet anthropométrique d'identité
Carnet anthropométrique d'identité
© Radio France - Perrine Kervran

Avec les témoignages de Toto Hoffmann, Raymond Gurème, Jacques Sigot, Jean Richard, Milo Delage et Emmanuel Filhol.

Publicité

Ecoutez ci-dessous la totalité de l'entretien avec Raymond Gurème :

Écouter

47 min

Chez Raymond Gurème à Brétigny
Chez Raymond Gurème à Brétigny
© Radio France - Perrine Kervran

Et ici celui avec Toto Hoffmann :

Écouter

22 min

Des tsiganes sous surveillance : du carnet anthropométrique au carnet de circulation, un documentaire de Perrine Kervran et Renaud Dalmar.

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Production
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production déléguée
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Véronique Samouiloff
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée