Du porc au lapin, la construction de deux tabous alimentaires : épisode 1/4 du podcast Une histoire de la consommation de viande

Lièvre par Albrecht Durer, Gouache 1502, Musée Albertina, Vienne
Lièvre par Albrecht Durer, Gouache 1502, Musée Albertina, Vienne ©AFP -  ©FineArtImages/Leemage
Lièvre par Albrecht Durer, Gouache 1502, Musée Albertina, Vienne ©AFP - ©FineArtImages/Leemage
Lièvre par Albrecht Durer, Gouache 1502, Musée Albertina, Vienne ©AFP - ©FineArtImages/Leemage
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En ouverture de cette semaine consacrée à la viande, deux historiens abordent la consommation de cochon dans l'Egypte ancienne et celle du lièvre au Moyen Âge, un regard croisé qui permet de se pencher sur des sources très anciennes et de saisir l'origine des premiers interdits alimentaires.

Avec
  • Bruno Laurioux Professeur en histoire médiévale à l’université de Tours.
  • Youri Volokhine Maître d'enseignement et de recherche, unité d’histoire et d’anthropologie des religions de l’université de Genève.

Dans cette émission, Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien proposent de cheminer de l'Egypte ancienne à l'Occident médiéval. En compagnie de l'historien Youri Volokhine, tout d'abord.

Hérodote a écrit qu’on ne consommait pas de porc en Egypte ancienne. Or, de nombreuses sources, y compris les plus récentes que l'on doit aux travaux des archéozoologues prouvent le contraire. Comment l'expliquer ?

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Youri Volokhine : Nous avons tendance à penser les interdits dans l’Egypte ancienne à travers le regard des historiens grecs comme Hérodote. Mais Hérodote a inventé le regard posé sur les mœurs et les coutumes des autres ! Les Egyptiens n’appliquaient pas les interdits religieux à la société toute entière, ni à l’ensemble des périodes de l’année. Il n’existait pas de dogme absolu. Dans le système religieux égyptien, l’alimentation n’était pas essentialisée comme un marqueur crucial de l’identité.

Pour autant, Hérodote s'était-il trompé sur toute la ligne ?

Youri Volokhine : En effet, il existe un mythe égyptien selon lequel le dieu Seth, sous la forme d’un porc noir, a blessé le dieu Horus à l’œil. A partir de ce moment-là, le cochon va être pris en mauvaise part, sans doute à cause de sa gourmandise, de sa voracité. Ce mythe est une balise dans l’histoire de notre relation à cet animal mais il ne permet pas de conclure qu’il existe un interdit alimentaire sur sa consommation. S’il existe, il ne concerne que le monde sacerdotal égyptien, et les règles que s’impose celui-ci. 

Un système de références d’autant plus flexibles quand on découvre que, si le porc était stigmatisé, la truie elle était considérée par les Egyptiens comme un animal positif, associé à la déesse du ciel Nout, parce qu’elle fait renaître la nuit et le matin, en avalant puis en redonnant naissance à ses porcelets...

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Avec Bruno Laurioux, en seconde partie, nous nous demanderons comment savoir quels interdits alimentaires étaient réellement respectés dans l'Occident médiéval.

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