Les juges de la Cour criminelle de Berlin lors de leur prestation de serment de loyauté au parti nazi, 1er octobre 1936
Les juges de la Cour criminelle de Berlin lors de leur prestation de serment de loyauté au parti nazi, 1er octobre 1936 ©Getty -  Ullstein Bild
Les juges de la Cour criminelle de Berlin lors de leur prestation de serment de loyauté au parti nazi, 1er octobre 1936 ©Getty - Ullstein Bild
Les juges de la Cour criminelle de Berlin lors de leur prestation de serment de loyauté au parti nazi, 1er octobre 1936 ©Getty - Ullstein Bild
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Comment expliquer que les nazis aient eu besoin de justifier leur politique par le droit ? Et la présence de nombreux juristes dans l'appareil du régime ? Le droit était-il la référence ultime du Reich ? Ce grand entretien avec Johann Chapoutot permet de plonger au cœur des rouages du nazisme.

Avec

Première partie. Entretien avec Saul Friedlander

Emmanuel Laurentin s'entretient avec l'historien Saul Friedlander qui explique qu'il n'a pas voulu écrire une biographie de Kafka mais qu'il est devenu "biographe malgré lui" en écrivant Kafka, poète de la honte (Seuil). Un ouvrage qui croise l'analyse littéraire, l'histoire et la psychanalyse pour aborder le parcours de l'auteur du Procès.

Extérieurement, Kafka faisait tout pour s’adapter à cette société pragoise, il a fait des études de droit pour satisfaire les attentes de sa famille, il va travailler dans un bureau d’assurances, il fait la cour à des femmes de la bonne société, parle même de mariage, mais intérieurement, dans ses écrits, il faisait tout pour saper, saboter cette société qu’il déteste. Saul Friedlander

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  • Musique diffusée : Ernst Krenek, Motets sur un texte de Kafka
58 min

Seconde partie. Entretien avec Johann Chapoutot 

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Johann Chapoutot de l'imaginaire nazi, de leur vision du monde. Au cours de cet entretien, l'historien revient sur son travail qui l'a conduit à considérer avec sérieux les ressorts de l’idéologie nazie, afin de comprendre comment elle a pu se répandre dans la société allemande, et y susciter un tel mouvement d'adhésion.

Johann Chapoutot : La société allemande après la Première Guerre mondiale était le pays le plus alphabétisé et le plus cultivé au monde. On ne peut donc pas postuler que les Allemands étaient des fous, des barbares ou des arriérés. Ils évoluaient dans leur vie quotidienne dans un univers de sens et de valeurs, comme vous et moi. Donc ils ont besoin d’une motivation, d’une justification pour effectuer ce qu’ils font. En tant qu’historien, on doit donc faire un travail d’anthropologue, plonger dans cette vision du monde pour essayer de comprendre quelles sont les valeurs, les normes, les justifications qui affectent d’un sens des actes qui à nos yeux n’en ont pas.

58 min

Comment expliquer que les nazis aient eu besoin de justifier leur politique par le droit ? Alors même que l'on sait qu'Hitler méprisait les juristes, comme il méprisait les diplomates, ou quiconque a fait des études. Johann Chapoutot revient sur la façon dont d'une part, les juristes ont acquis rapidement une place prépondérante au sein de l'appareil nazi, et d'autre part, sur les ressorts conceptuels du droit nazi tel qu'il fut élaboré pendant deux décennies.

Johann Chapoutot : Beaucoup de juristes étaient déjà au service du parti depuis les années 1920, notamment pour défendre les membres des SA inculpés d’agressions politiques. Mais à partir des années 1930, il est évident que le parti nazi offre la perspective d'accomplir de belles carrières pour toute une élite intellectuelle, qui le plus souvent a suivi des études de droit. Avec des figures d'avocats et de juristes comme Roland Freisler ou Hans Frank, on voit bien comment une élite à la fois intellectuelle et fonctionnelle va mettre ses compétences au service de la technocratie du régime.

Emmanuel Laurentin : Quels étaient les soubassements idéologiques du droit que ces juristes vont élaborer ?

Johann Chapoutot : En prônant le retour à l’immédiateté de toute relation (à soi, à la nature, aux autres), l’absence de médiation, ces juristes nazis reprennent en fait des débats d’idées qui courent en Europe depuis longtemps et qui formulent un certain nombre de critiques contre le droit savant, le droit abstrait. Ils reprennent notamment une opposition théorisée dès le XIXe siècle entre le droit du peuple et le droit savant. Ce que disent ces juristes, c’est qu’il faut reposer la question entre le droit et la vie, entre le peuple et la norme. Ce sont des questions fondamentales du droit qui font le succès de ce droit nazi, de la même manière que le nazisme a du succès à l’époque parce qu’il pose des questions sociales fondamentales, liées à la crise de la modernité.

58 min

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Production
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production déléguée
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Véronique Samouiloff
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée