Détail : Femmes s'exerçant à la gymnastique, mosaïque de la villa romaine du Casale, Sicile, Italie, env. IVème siècle après JC.
Détail : Femmes s'exerçant à la gymnastique, mosaïque de la villa romaine du Casale, Sicile, Italie, env. IVème siècle après JC. ©Getty
Détail : Femmes s'exerçant à la gymnastique, mosaïque de la villa romaine du Casale, Sicile, Italie, env. IVème siècle après JC. ©Getty
Détail : Femmes s'exerçant à la gymnastique, mosaïque de la villa romaine du Casale, Sicile, Italie, env. IVème siècle après JC. ©Getty
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Longtemps grande absente des études historiques sur le corps, l'Antiquité revient aujourd'hui sur le devant de la scène : par le biais de la virilité, du genre, ou de la médecine les historien-ne-s se sont penchés sur les sens, l'environnement sensoriel, la sensibilité des civilisations antiques.

Avec
  • Lydie Bodiou Maître de conférences d'histoire ancienne à l’université de Poitiers. Elle travaille sur l’histoire des femmes et du genre, l’histoire du corps et des pratiques sociales et culturelles.
  • Véronique Mehl Maître de conférences à l’Université de Bretagne Sud
  • Marie-Hélène Delavaud-Roux Maîtresse de conférences d'histoire ancienne Université de Bretagne Occidentale

A l'occasion de la parution de deux ouvrages majeurs aux Presses universitaires de Rennes ce printemps consacrés au corps dans l'Antiquité, Emmanuel Laurentin reçoit Lydie Bodiou et Véronique Mehl, co-directrices du Dictionnaire du corps dans l'Antiquité, et Marie-Hélène Delavaux-Roux, directrice de l'ouvrage Corps et voix dans les danses du théâtre antique, pour une émission toute en chair. 

Depuis Michel Foucault, qui dans son Histoire de la sexualité mettait l'accent sur la rupture que représentaient les temps modernes dans la façon de penser la sexualité, l'Antiquité a longtemps été quelque peu boudée des historiens du corps et du sensible. Lydie Bodiou et Véronique Mehl relèvent qu'il y a là un a priori sur les sources : pour une histoire du corps, on pense aux journaux intimes, correspondances personnelles, autant d'écritures de soi que l'Antiquité n'offre pas. Pourtant Alain Corbin a bien montré les limites de la seule utilisation de ces écrits et la nécessaire ouverture à d’autres sources moins tournées vers l’individu ou le sensible, comme les textes normatifs, les traités médicaux et scientifiques, etc. pour développer ce type de sujet ; et dont l'Antiquité offre un large panel ! Une opportunité dont se sont emparés les historiens et historiennes au point que désormais, un dictionnaire est plus que bienvenu pour compiler les études qui se sont multipliées depuis les années 1990, et offrir un panorama du corps antique.

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Il est donc question dans cette émission de sujets aussi variés que la place du sang lors des sacrifices, le maintien et la tenue vestimentaire des "dépendants", l'épilation, les odeurs, et bien sûr la danse...

L'Antiquité n'est pas pionnière sur l'histoire du corps, mais c'est l'une des disciplines de l'histoire qui y a le plus travaillé - parce que l'objet s'y prête. L'idée est d'attraper par les mots, c'est le propre du dictionnaire, des particularités, des façons de faire, des variants et des invariants, des gestes ou des postures, ce champ inépuisable du corps qui participe à la fois de l'histoire des sensibilités, de l'histoire sociale, de l'histoire des représentations... Lydie Bodiou

L'avortement est une pratique commune. Les médecins et les biologistes de l'Antiquité divulguent dès l'époque classique des médicaments, des procédés. Hippocrate raconte qu'il a reçu une prostituée qui ne veut pas perdre son prix, et il lui donne une recette qui va fonctionner : sauter sept fois les talons aux fesses. On constate qu'il n'y a pas de réprobation : c'est soit un encouragement au procédé, soit, de manière préventive, la volonté de donner des recettes qui feront le moins de mal possible, car il sait que quoi qu'il en soit la patiente l'a déjà fait, va le faire, ou qu'elle est en grande difficulté. Lydie Bodiou

Dionysos fait partie des premières figures masquées : on peut lui rendre un culte en habillant un poteau et en posant sur lui un masque. Les femmes qui lui rendent hommage, qui prennent des appellations différentes (Ménades, Bacchantes), dansent un état de mania, de transe. Pour cette société aux codes très précis, qui demandait aux hommes et aux femmes de jouer des rôles sociaux  très précis, la danse dionysiaque pouvait être vécue par les femmes comme une véritable expérience de libération. Dans les danses pour les autres dieux, on leur demande de danser à touts petits pas pour faire preuve de sophrosyne, c'est-à-dire de modération morale. Dans l'espace dionysiaque elles ont la possibilité de se libérer : cette transe est faite de mouvements tournants où l'on ne prend pas de repères avec la tête, ce qui permet d'entrer en danse rapidement - les Anciens nous disent que les Ménades dansent "jusqu'à tomber par terre". Marie-Hélène Delavaud-Roux

Au delà d'un contrôle du corps, c'est un contrôle de l'être dans son entier, dans sa manière de parler, de se comporter, c'est un contrôle moral - le "juste milieu" pour Aristote. Le corps est une des entrées qui permet de voir qu'on est dans une société de la norme, du regard, de la pression. Nous parlions tout à l'heure de discipline : les corps sont disciplinés, on est sous le contrôle de son mari, de son père, de la société, parfois de magistrats qui sont là pour contrôler les corps. A Sparte par exemple, des magistrats contrôlent les poils qui dépassent, la barbe... [...] Il y a une échelle de perfection, un cadre dans lequel on peut se mouvoir mais où chacun a sa place. Véronique Mehl

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Production
Céline Leclère
Collaboration
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Thomas Dutter
Réalisation
Marie-Laure Ciboulet
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Victor Macé de Lépinay
Production déléguée
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée