Tavern Scene ou The Orgy est une œuvre de William Hogarth datant de 1735, la troisième image de la série A Rake's Progress. Wikipédia
Tavern Scene ou The Orgy est une œuvre de William Hogarth datant de 1735, la troisième image de la série A Rake's Progress. Wikipédia
Tavern Scene ou The Orgy est une œuvre de William Hogarth datant de 1735, la troisième image de la série A Rake's Progress. Wikipédia
Tavern Scene ou The Orgy est une œuvre de William Hogarth datant de 1735, la troisième image de la série A Rake's Progress. Wikipédia
Tavern Scene ou The Orgy est une œuvre de William Hogarth datant de 1735, la troisième image de la série A Rake's Progress. Wikipédia
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Résumé

Ce deuxième volet de l'histoire de la sexualité s'intéresse aux regards de surveillance portés par les Églises et les médecins sur la sexualité des couples et des célibataires entre le XVIIe et le XIXe siècles.

avec :

Scarlett Beauvalet (Professeur d'histoire moderne à l’Université de Picardie), Anne Carol (Professeur des universités à l’université d’Aix-Marseille.).

En savoir plus

Au XVIIe siècle, on parle de sexualité légitime, de sexualité en vue de la procréation. La sexualité "par plaisir", liée à une jouissance personnelle, est condamnée par l'Église, considérée comme contre-nature. Il existe des règles et interdits très stricts (sur les positions, les moments consacrés au sexe...), sachant par ailleurs que le but du sexe est toujours de faire un bel enfant - et de préférence un garçon : "Le mâle est toujours plus souhaité et désiré que la femelle" peut-on par exemple lire dans le Tableau de l'amour conjugal considéré dans l'état du mariage de Nicolas Venette.

Du point de vue médical, la sexualité s'inscrit dans la théorie des humeurs : elle n'est envisagée que comme un problème de tuyauterie, de bonne circulation des fluides.

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Au XIXe siècle, une nouvelle médecine émerge, entraînant un changement de paradigme physiologique. Pourtant, le discours reste globalement le même - à la différence près qu'il porte plus sur la question des nerfs que sur celle des liquides. En réalité, comme l'explique ici Anne Carol, spécialiste de l'histoire de la médecine aux XVII-XVIIIe siècles, on assiste au XIXe siècle à une forte prolifération des discours sur la sexualité, aux normes religieuses s'ajoutant celles médicales (liées à la place croissante des médecins dans la société en tant qu'experts), mais aussi populationnistes : alors que l'on avait pu au XVIIIe siècle toléré un certain plaisir - toujours dans le cadre du mariage bien sûr -, l'importance du désir recule désormais devant l'impératif de reproduction.

Cette abondante littérature s'adresse aux hommes, car ce sont eux qui sont censés être les initiateurs en termes de sexualité, et les plus actifs dans l'acte sexuel : on constate donc que la différence de traitement entre la sexualité masculine et celle féminine n'évolue pas non plus.

En savoir plus : Sexualité : comment légiférer ?

Le XIXe siècle est par ailleurs le moment où apparaît la question du célibat et de la masturbation. Ce qui était au XVIIIe siècle considéré comme un péché courant, tolérable, devient au siècle suivant une maladie grave, cause de dégénérescence. C'est ce qu'explique par exemple le Dr Tissot dans son Traité sur les désordres produits par la masturbation, toujours en rapport avec la théorie des humeurs : par la masturbation, l'homme perdrait sa semence et donc son énergie ; et la femme, être hypersensible et nerveux, se mettrait en danger en s'adonnant à ces spasmes. 

Tous ces textes normatifs pèsent beaucoup sur l'éducation des jeunes bourgeois : on constate chez eux une forme de dichotomie frôlant la schizophrénie, entre une sexualité honteuse liée à la masturbation, très culpabilité et angoissante, et une sexualité idéalisée, désincarnée, avec l'épouse. Globalement, la peur règne. Chez les classes populaires, en revanche, l'éducation sexuelle reste beaucoup plus libre.

À lire : Education sexuelle : à la rencontre des pionniers français il y a... 70 ans

Du XVII au XIXe siècle, l'apprentissage de la sexualité reste donc centré sur la question de la reproduction, normé par des impératifs moraux et médicaux laissant totalement de côté la question du plaisir et de l'épanouissement personnel. 

Co-animé par Delphine Saltel. Avec Scarlett Beauvalet et Anne Carol. Lectures de Daniel Kenigsberg.

Textes lus :

  • La génération de l'homme ou Tableau de l'amour conjugal considéré dans l'état du mariage, Nicolas Venette, (1687)
  • Trois livres appartenant aux infirmités et maladies des femmes, Jean Liébault (1582)
  • L’onanisme, un traité sur les désordres produits par la masturbation, Samuel Auguste Tissot (1758)
  • Considérations sur la confection de corsets et de ceintures propres à s'opposer à la pernicieuse habitude de l'onanisme, G. Jalade-Lafond (1819)
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Victor Macé de Lépinay
Production déléguée
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Production déléguée