Oeuvres issues du palais royal du Dahomey (1880-1889) actuellement exposées au Musée du quai Branly-Jacques Chirac et dont le Bénin réclame la restitution à la France
Oeuvres issues du palais royal du Dahomey (1880-1889) actuellement exposées au Musée du quai Branly-Jacques Chirac et dont le Bénin réclame la restitution à la France ©AFP - GERARD JULIEN / AFP
Oeuvres issues du palais royal du Dahomey (1880-1889) actuellement exposées au Musée du quai Branly-Jacques Chirac et dont le Bénin réclame la restitution à la France ©AFP - GERARD JULIEN / AFP
Oeuvres issues du palais royal du Dahomey (1880-1889) actuellement exposées au Musée du quai Branly-Jacques Chirac et dont le Bénin réclame la restitution à la France ©AFP - GERARD JULIEN / AFP
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Vendredi 23 novembre sera remis au Président de la République par l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et l’écrivain Felwine Sarr un rapport sur la restitution des œuvres d’art présentes dans nos musées qui devraient être rendues ou prêtées aux pays africains.

Avec
  • Felwine Sarr écrivain et professeur agrégé d’économie à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, cofondateur du Laboratoire d’analyse pluridisciplinaire des dynamiques des sociétés africaines et de la diaspora (Laspad).
  • Bénédicte Savoy Historienne de l’art à l'université technique de Berlin, elle est l'auteur avec Felwine Sarr du rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain.

A l’occasion de la remise d'un rapport au Président de la République sur le sujet, La Fabrique de l'Histoire consacre une semaine thématique aux enjeux des processus de restitutions à leurs pays d'origine - temporaires ou définitives - des œuvres d’art conservées dans les musées européens. En ouverture de cette série, Emmanuel Laurentin s'entretient avec l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et l’écrivain Felwine Sarr, co-auteurs du rapport.

Pourquoi s'être concentré en particulier sur le cas du patrimoine africain ?

Bénédicte Savoy : On entend souvent répéter que 90% du patrimoine historique africain serait hors d’Afrique, le chiffre est difficile à vérifier. Mais on sait en revanche qu’au seul Musée du Quai Branly-Jacques Chirac sont conservées 70 000 pièces venues en France depuis l’Afrique sub-saharienne depuis le milieu du XIXe siècle. Et il faut imaginer des chiffres semblables à Bruxelles, à Stuttgart ou à Londres. Quant aux états africains, leurs plus grandes collections sont composées de 3 000 à 5000 objets. C’est ce déséquilibre-là qui a mené notre démarche. Il ne s’agissait pas de procéder à une quelconque "renationalisation" des œuvres d’art, on ne va pas rendre tout son patrimoine à l’Italie par exemple.

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Felwine Sarr : L’Afrique sub-saharienne est un cas d’école : elle est la région du monde qui connaît la plus grande expropriation de son patrimoine. C’est pour cela que celui-ci mérite une attention spécifique. Au-delà des aspects juridiques et techniques de la question des restitutions, il y a d’abord un aspect éthique. II n’est pas juste que l’essentiel du patrimoine d’une communauté soit absent, qu’il ne permette pas à un peuple de reconstruire son histoire, sa mémoire, de reconnecter sa jeunesse avec cette histoire, de faire œuvre de resocialisation de ses objets. L’Afrique sub-saharienne est emblématique de cet absolu déséquilibre. Donc dans ce souci de rééquilibrage, il faut entendre avant tout une volonté de justice, d’équité et d’éthique.

#discours de Ouagadougou #translocations patrimoniales #Bénin

Le caractère inaliénable des œuvres d’art entrées dans les musées occidentaux n’est-elle pas un frein à la possibilité de leur restitution ?

Bénédicte Savoy : Si bien sûr, cette inaliénabilité représente une sorte de carcan juridique. On se souvient qu’en 2016, la France a refusé au Bénin la restitution d’œuvres de son patrimoine en reconnaissant d’un côté que le patrimoine était très important pour les pays, les peuples et leur histoire, et de l’autre, dans une sorte de double discours, que non, on ne pouvait pas penser à des restitutions parce que la loi française l’interdit. Il y avait donc un travail à mener sur le terrain du droit, avec des juristes, pour voir comment on peut transformer ce cadre juridique.

#Vincent Negri #Isabelle Maréchal #manuscrits coréens

Musiques diffusée

  • Sorry Bamba, "Lawanaye, la mère des masques", extrait de l’album « Dogons blues », 2010
  • Youssou N'Dour et le Super Etoile de Dakar, « Boul ko tek misser », extrait de l’album « Rewmi », 2000

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