Charles Rumker (1788 - 1862), Vue d'Alger ©Getty - Fotosearch
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Résumé

Algérie : un territoire sans cesse redessiné, agrandi, réinventé du début de l’incursion coloniale en 1830 à la fin des années 1950 ? En compagnie d'Hélène Blais, retour sur l'invention d'un territoire dont même le nom fut choisi par le colonisateur français une dizaine d'années après la conquête.

avec :

Hélène Blais (Historienne).

En savoir plus

Emmanuel Laurentin et Hélène Blais, professeure d'histoire contemporaine à l'Ecole normale supérieure et auteure de Mirages de la carte, l’invention de l’Algérie coloniale (Fayard) interrogent les repères chronologiques et spatiaux habituellement mobilisés pour écrire l'histoire de l'Algérie.

L'Algérie, terra nullius avant 1830 ?

Hélène Blais : Le mot Algérie existe pourtant dès la fin du XIVe siècle – sous la plume de l’historien Ibn Khaldhoun on trouve l’expression Bilal El Djazaïr, le pays d’Alger et ensuite Watan El Djazaïr dans des textes érudits au XVIIe siècle – mais le terme ne renvoie pas à une « nation » au sens des états-nations du XIXe siècle mais à une communauté de lettrés, il ne désigne pas un sentiment d’appartenance. Cela explique que les Français vont pendant les dix premières années de la conquête hésiter sur le nom à donner à ce territoire.

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Ou au contraire une identité attestée de toute éternité ?

Comment l’historien peut-il se prémunir de l’influence de deux discours opposés - mais tous deux marqués par l’idéologie - celui du colonisateur qui prétend qu’il n’y a pas d’Algérie avant 1830 comme celui des indépendantistes qui proclame une identité algérienne existant de toute éternité ?

Hélène Blais : En effet, quand on travaille sur le moment colonial de l’Algérie, il faut se garder de ces deux écueils complexes. Il faut pour commencer combattre ce mythe de la terra nullius, l'argument récurrent des colonisateurs – et pas seulement en Algérie - qui justifie une emprise par le fait qu’il n’y aurait rien eu avant - ici aucun état centralisé en l'occurrence. Il est important de comprendre que l’Algérie, comme toute les nations, est une construction, qu'un territoire n’est jamais « donné » mais une chose qui s’élabore, qui s’invente. Ce n’est qu'en revenant sur les modalités précises de cette construction que l’on peut dépasser cet antagonisme entre deux visions du passé. 

A partir de 1840, le projet du colonisateur est de faire de la Méditerranée un « lac français » ce qui signifie appliquer la même administration aux territoires de ses deux rives ?

Hélène Blais : En effet, on assiste dès 1848 à une tentative de départementalisation. Si les départements algériens n’ont rien à voir avec ceux hérités de la Révolution française, le terme est pourtant brandi comme un étendard et l’idée reste la même : ordonner, quadriller le territoire pour savoir où l’on est. Sous la IIIe République, le régime d’administration civil colonial essaie vigoureusement de mettre en œuvre les mêmes institutions, les mêmes circonscriptions administratives qu’en métropole en faisant comme si les Algériens n’existaient pas. Ils sont complètement absents de cette conception normée du territoire.

Comment les frontières de l'Algérie ont-elles fixées ? 

Le colonisateur a essayé de tracer des frontières linéaires « à l’européenne » sur le territoire algérien, une tentative vouée à l’échec ?

Hélène Blais : Il existait déjà des frontières entre la régence ottomane, le royaume du Maroc et la régence de Tunis mais c'est la colonisation qui, dès les premières décennies de la conquête, va imposer et marquer sur le territoire la "frontière-ligne" telle qu'elle a été conceptualisée en Europe. Les Français arrivent donc avec cette idée qu’il faut tracer une frontière-ligne sauf que, très vite, ils s’aperçoivent que dans le désert, cela n’a pas de sens. Chaque officier va alors avoir sa propre limite méridionale de l’Algérie - la conquête fonctionnant sur le mode du "front pionnier" - et à chaque fois seront inventées des justifications géographiques ou ethnographiques à la nouvelle limite. Ainsi, de 1840 au début du XXe siècle, la frontière sud ne va cesser d'être retracée, renégociée, y compris entre Français lorsque les territoires de l’Afrique-Occidentale Française (A-OF) doivent être à leur tour délimités. 

Musiques diffusées

  • Slimane Azem (1918-1983), Algérie mon beau pays
  • Dahmane El Harrachi (1926-1980), Enoujoum fellil
  • Abranis, Chenagh le blues (1977)

Agenda

La Semaine de l'histoire de l'ENS, L'Enquête, du 4 au 6 avril 2019 (entrée libre dans la limite des places disponibles)

Enquêter hier et ajourd'hui. Ecole Normale Supérieure, du 4 au 6 avril 2019
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Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Céline Leclère
Collaboration
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Thomas Dutter
Réalisation
Marion Dupont
Collaboration
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Victor Macé de Lépinay
Production déléguée
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Production déléguée