Une histoire des sons du passé est-elle possible ? ©Getty -  diane555
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Résumé

Comment l’historien peut-il parvenir à interroger les sons, les bruits, les accents et les voix du passé ? Faire l’histoire du paysage sonore, c’est faire l’histoire des sensibilités… Si les "sound studies" sont développées dans la recherche anglo-saxonne, en France c’est encore un champ à explorer.

avec :

Alain Corbin (historien, spécialiste de l'histoire des sens), Arlette Farge (historienne spécialiste du 18e siècle, directrice de recherches en histoire au CNRS), Stéphane Audoin-Rouzeau (Historien, spécialiste de la Grande Guerre), Alexandre Vincent (Maître de conférences en histoire romaine à l'université de Poitiers).

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Paysage sonore : cette belle formule a été inventée par le compositeur canadien Murray Schafer qui pour autant s’est abstenu de la définir. Laissant à chaque historien la possibilité de lui donner le sens qu’il veut.

Pour tenter de lui donner un sens plus précis en fonction des différentes périodes historiques, Emmanuel Laurentin et Perrine Kervran s'entretiennent avec Alain Corbin , historien, auteur notamment de Les Cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle (Flammarion), Arlette Farge, historienne, auteur notamment de Essai pour une histoire des voix au XVIIIe siècle (Bayard), Stéphane Audoin Rouzeau , historien, qui prépare la prochaine exposition de l’Historial de Péronne autour du "son de la guerre" et Alexandre Vincent, spécialiste d'histoire romaine à l'Ecole Française Romaine.

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Alexandre Vincent : Ce qui est bien avec le son c'est qu'il met tous les historiens - à part les contemporanéistes -   sur un même pied d'égalité puisqu’il a disparu pour tout le monde ! Alors du moment qu’il n’y a pas d’enregistrement, on se retrouve tous à se battre avec nos sources. Faire l’histoire sonore de l’Antiquité, c’est avant tout essayer de comprendre ce qu’étaient les perceptions sonores pour les Romains, les Egyptiens ou les Grecs. Et donc faire une étude lexicographique, à partir du mot sonitus, fremitus ou encore phtogos par exemple. Comment eux le comprenait-il ? Qu’est-ce que cela voulait dire pour eux ? Est-ce que ce qui était un vacarme pour eux est un vacarme pour nous ? Et ne plaquons pas nos idées de nuisances sonores sur l’Antiquité.

59 min

Arlette Farge : Pour ma part, ce qui m’intéressait, c’était l’horizon verbal et oral des Parisiens au XVIIIe siècle qui étaient connus pour leur tohu bohu et leur brouhaha. Je suis partie de mon étonnement à partir des archives de découvrir une société qui n’écrit pas, qui travaille, qui vit dans la rue, et qui, en se hélant, en se parlant avec des accents, des patois, des cris perçants, vibre ensemble par la voix. On trouve même dans les sources, un voyageur anglais qui raconte dans ses mémoires s’être arrêté sur la colline de Saint-Cloud avant de faire demi-tour parce que montait de la ville une sonorité qui heurtait trop ses sens. 

Alain Corbin : Au XIXe siècle, pour les membres de l’élite, il est important de savoir parler à voix basse afin de se distinguer du peuple qui fait du tapage. On voit à quel point est importante cette distinction entre les classes sociales qui repose sur la capacité de parler d’une manière qui ne soit pas tonitruante. On voit dans les sources que dans les campagnes l’apprentissage du mezzo voce a été difficile, certaines relatent notamment des paysans incapables de se confesser à voix suffisamment basse dans les églises et énonçant leurs péchés à voix trop haute.

Stéphane Audoin-Rouzeau : Quant à l'environnement sonore de la Première Guerre mondiale, il n’est qu’agression. Mais le son est aussi un instrument de survie, il guide les combattants : en fonction de ce que l’oreille perçoit il faut s’abriter ou au contraire on peut rester dans la position dans laquelle on est. Ici le son prend une dimension tragique, directement menaçante pour le soldat ou au contraire protectrice, en fonction de ce que l’oreille perçoit
 

6 min
Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production déléguée
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée