Soldats de l'Armée rouge à leur arrivée au camp d'extermination d'Auschwitz, 27 janvier 1945
Soldats de l'Armée rouge à leur arrivée au camp d'extermination d'Auschwitz, 27 janvier 1945 ©Getty - Sovfoto/Universal Image
Soldats de l'Armée rouge à leur arrivée au camp d'extermination d'Auschwitz, 27 janvier 1945 ©Getty - Sovfoto/Universal Image
Soldats de l'Armée rouge à leur arrivée au camp d'extermination d'Auschwitz, 27 janvier 1945 ©Getty - Sovfoto/Universal Image
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Dans "Si c’est un homme", Primo Levi raconte l'arrivée des Soviétiques en janvier 1945 dans le camp de Monowitz où l'écrivain a été déporté en 1944. Qu'ont vu les Soviétiques à leur arrivée dans les camps de la mort polonais ? Qu'ont-ils filmé ? Comment ont-ils documenté le système génocidaire ?

Avec
  • Vanessa Voisin post-doctorante ANR « CINESOV » / IRICE
  • Nathalie Moine Chargée de recherche au CNRS.
  • Tal Bruttmann historien à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
  • Alexandre Sumpf historien.

Entre 1941 et 1945, des centaines d’heures de film ont été tournées par les opérateurs soviétiques sur le front Est. Organisées afin de dénoncer la barbarie nazie et d’attester auprès de l’opinion internationale l’ampleur des massacres et des destructions commis par l’occupant, ces prises de vues ont révélé aux yeux du monde et témoignent encore aujourd'hui de la réalité et de l'ampleur de la Shoah. Arrivant du front Est, les Soviétiques ont été les seuls à pouvoir filmer les traces de la Shoah dans toute son ampleur, sa systématicité et la variété des modes de mise à mort.

À l’occasion du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de l’ouverture des camps par les Alliés, le Mémorial de la Shoah consacre une exposition dédiée aux images, pour la plupart inédites, filmées par les Soviétiques sur l’ensemble du front Est.

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Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s'entretiennent avec Tal Bruttmann , historien à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Nathalie Moine, chargée de recherche au CNRS, Alexandre Sumpf, maître de conférences en Histoire contemporaine à l’université de Strasbourg et Vanessa Voisin, post-doctorante ANR « CINESOV » / IRICE

Anaïs Kien : Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques libèrent le camp d’Auschwitz dans lequel 7 000 déportés sont encore présents. Que découvrent les Soviétiques lorsqu’ils arrivent ?

Tal Bruttmann : En effet, l’armée soviétique qui progresse depuis Cracovie - en territoire allemand donc puisque la Pologne est annexée depuis 1939 -  tombe sur les séries de camps qui constellent l’espace d’Auschwitz. D’abord ils arrivent à Monowitz où se trouve notamment l’écrivain Primo Levi qui raconte leur arrivée dans Si c’est un homme. Ensuite, les soldats vont progresser ensuite au camp souche, le Stammlager d'Auschwitz I et finissent par arriver à Birkenau. Répartis dans ces trois camps, prévus pour plus de 200 000 personnes, les Soviétiques découvrent 7 000 survivants. A Birkenau notamment, dans un espace qui fait 170 hectares, ne subsistent que quelques milliers de personnes, en effet la plupart des 150 000 ont été évacuées à partir de l’été 1944 vers le centre du territoire du Reich, et le 17 janvier 1945 le camp a été vidé, avec 58 000 personnes jetées sur les routes dans ce que l’on a appelé les "marches de la mort". 

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Alexandre Sumpf :Auschwitz n’est pas le premier camp de cette nature que les Soviétiques découvrent, ils ont déjà l’expérience du camp de Majdanek libéré quelques mois plus tôt, qui était d’une ampleur moindre mais qui représente pour les soldats comme pour les opérateurs qui ont filmé une expérience fondamentale dans la construction de leur regard. Les opérateurs filment ce genre d’exactions depuis janvier 1942. Ce n’est pas le premier centre de mise à mort qu’ils voient. Ils ont déjà vu des camps vides. Comment on va remplir à l’image ce qui nous apparaît vide, comment on va reconstruire cette histoire ? Ce sont des questions que les opérateurs de cinéma soviétiques se sont déjà posées. Il y a un apprentissage commun des autorités politiques, des opérateurs, à l’occasion de l’ouverture de ces sites de mises à mort.

Emmanuel Laurentin : Le regard que les démocraties de l’ouest portent sur la libération des camps par les Soviétiques est toujours teinté d’ambiguïté. Pourquoi ?

Nathalie Moine : Il faut savoir tenir ce discours complexe : oui, les Soviétiques sont entrés les premiers dans Auschwitz, ils ont fait une enquête d’une qualité qui n’a aucun équivalent dans les camps de l’ouest, ils interrogent les survivants et les membres des sonderkommandos, ils récupèrent des objets, ils fouillent les cendres, et mettent sur pied une commission médicale à la fois pour les survivants, et sur le plan médico-légal d’autre part pour enquêter sur les différentes causes de la mort des déportés. Il y a l’idée de construire une documentation qui servira au jugement des criminels de guerre. Il faut rappeler que c’est grâce à l’ouverture des archives soviétiques très récemment que l’on a pu mettre un point final au débat sur l’existence et le fonctionnement des chambres à gaz. Et par ailleurs, c’est le régime stalinien qui a eu par la suite la gestion des archives collectées dans ce camp, qui a décidé de cacher notamment des registres de décès d’une importance énorme pendant des décennies et que cela est un scandale de l’histoire.

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Production
Françoise Camar
Réalisation
Aurélie Marsset
Collaboration
Renaud Dalmar
Réalisation
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production déléguée
Séverine Liatard
Production déléguée
Séverine Cassar
Réalisation
Véronique Samouiloff
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anne Fleury
Réalisation
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Anaïs Kien
Production déléguée