Publicité
En savoir plus

Après le projet de loi sur la prévention de la délinquance qui entendait pratiquer un dépistage précoce des troubles de conduite chez l'enfant et l'adolescent, le projet de loi sur la rétention de sûreté tente de banaliser la privation de liberté et transforme le juge en autorité de police. Il ne s'agit pas de sombrer dans l'angélisme anti-sécuritaire, ni de trop vite condamner le droit des victimes à un juste procès. Mais il convient de garder raison devant une loi qui se présente comme un pur déni de justice. La base de notre droit en effet repose sur l'idée qu'il ne peut y avoir de culpabilité sans crime (et sans discernement), pas de peine sans culpabilité (ce qui suppose la présomption d'innocence). Or en supprimant ces deux prérequis, et en installant dans l'opinion l'idée d'une éternelle dangerosité, il n'est plus possible de persévérer dans ces distinguos. Le Président de la République, dans son entretien du Parisien du 26 févier 2008, a de fait fourni les motifs d'un tel renoncement : « il ne faut plus mettre mettre les fous en prison », mais dans des hôpitaux prisons. L'intention est louable, mais elle ne dit rien quant au fonctionnement et à la finalité de cette nouvelle UHSA (unité hospitalière spécialement aménagée). Nul n'ignore, en effet, que depuis sa fondation, la psychiatrie soit par essence médico-légale. Elle est même, depuis son origine, partie prenante du critère séparant le fou du criminel. Or, la mise en avant du principe de précaution par le Président - l'exemple du « sérial violeur » n'est pas anodin- remet non seulement en question cette distinction, mais transforme le psychiatre en « gardien de l'arbitaire », selon l'expression du docteur Thierry Jean. Car au fond, qu'est-ce que la dangerosité ? Sinon l'ultime moyen de prévenir un risque. Ce qui laisse croire que la chose est possible à 100%. L'anticipation des crimes devient une réalité « scientifique », au même titre que l'anticipation d'une catastrophe naturelle. « La sécurité ne se conçoit plus ni avec l'autre, jugé responsable de ses actes, ni contre l'autre mais, de fait, sans l'autre » souligne le magistrat Denis Salas. Comment aborder cette question de la responsabilité pénale des malades mentaux ? Quelle est la place de la folie dans le dispositif médico-légale ? Ce seront les questions du jour... Voir la bibliographie du 3 avril

Références

L'équipe

Philippe Petit
Production
Thomas Dutter
Réalisation