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L'histoire du corps est un joyeux fourre tout. Elle recouvre des domaines si variés que leur simple énumération prête à rire. ... L'histoire du corps au XX ème siècle se doit de rendre compte de tant de phénomènes sociaux, scientifiques, culturels, qu'elle se perd parfois dans la taxinomie. Elle couvre la génétique, la greffe d'un organe de cadavre, le scanner, la cartographie du génome, l'éducation sexuelle, le bikini, la pornographie, le transsexualisme, la contraception, le droit au plaisir, la question gay, le renouvellement de la cosmétique, la naissance de la diététique moderne, la diffusion du prêt à porter, le retour des dessous, la codification de l'entraînement, l'exhibition de l'anormal, l'anthropologie criminelle, la violence des champs de batailles, les massacres, l'extermination industrielle, le burlesque, le trash, l'esprit Dada, et j'en passe... Cela s'appelle l'évolution sociale ! Une chose pourtant est un soulèvement des profondeurs, un ébranlement affectif de l'âme, autre chose est une agitation de surface soulignait déjà Bergson en 1939. Au yeux de nombreux auteurs, en tout cas, le corps serait devenu le centre de tous les pouvoirs. Il serait le nerf de la guerre dans l'art visuel qui à partir des années 1990 prend à 80% le corps à témoin. Il le serait aussi en science avec les biotechnologies du vivant. Le siècle qui commence serait à la fois hanté par le désir « d'éprouver les limites de l'humain » et celui de se replier dans son palais de cristal. Est-ce si sûr ? Partager notre visage avec nos semblables est une nouveauté technique qui grandit notre conception du don. L'intrusion d'un corps étranger rend notre « nature » introuvable. Que penser également de l'équivalent numérisé du corps humain ? Il n'est pas désincarné puisqu'il a été concu à partir d'un homme bien réel, mais il nous est devenu extérieur. Ce que le corps gagne en visibilité, il le perd en intériorité. L'effraction et la souffrance inhérente au scapel nous plongeait hier dans des abîmes de solitude, la spéologie de la vie intérieure des organes nous relie à l'humanité. Les dangers de l'hypertechnicisation sont réels, ils sont connus, mais « aujourd'hui, souligne Anne Marie Moulin, le corps tout entier paraît plus accessible et relié à l'expression d'un je ». Que penser de tout cela ? Trop présent le corps ? Trop objectivé par la médecine ? Comment le corps peut il être à la fois trop prégnant et trop absent ? Comment peut il être à la fois célébré et relégué ?

Références

L'équipe

Philippe Petit
Production
Thomas Dutter
Réalisation