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A l'occasion du symposium "Comprendre le phénomène pro-ana" mené par l'ANR Anamia, qui aura lieu le 14 décembre prochain à la Bibliothèque nationale de France.

**Avec : **

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- Antonio CASILLI

- Pascal ORY

- Catherine CLEMENT

Antonio Casilli : « A travers le projet de recherche Anamia, nous voulions porter un regard nouveau sur l’anorexie et la boulimie, dont l’étude est souvent centrée sur l’individu. Nous avons remarqué que des liens forts se nouent sur internet autour de ces questions, notamment. En intégrant ces communautés, les gens recherchent de la proximité, de l’entraide. On voit s’échanger des récits de vie, des carnets d’alimentation, des textes, qui donnent un instantané de cette société. Il apparaît que les utilisateurs de sites pro-ana sont soumis aux mêmes tensions que n’importe quel autre mangeur, n’importe quel autre citoyen : par exemple, le besoin de se mettre en relation avec une autorité médicale, souvent mise à mal.

Les sites d’aide aux anorexiques ou aux boulimiques s’inscrivent dans une mouvance de désintermédiation médicale. Aujourd’hui, un médecin reçoit un patient non seulement avec des symptômes, mais aussi avec un début de diagnostic élaboré à partir de Wikipédia. De ce point de vue, tout cela devient une question de santé publique, puisque les malades cherchent de l’aide là où ils savent qu’elle est accessible : sur internet. Cela pose donc la question de l’accès aux soins. Si on est anorexique, pour se faire soigner, et on risque d’avoir recours à un centre de toxicologie. On cherche donc à faire avec les moyens du bord, et cela passe par les blogs, les communautés. La différence de statut de l’anorexie et de la boulimie entre l’avant et l’après-web c’est qu’avant, on était isolé jusqu’à la prise en charge médicale. Aujourd’hui, on rejoint une communauté dès les premiers symptômes.

Certains sites accompagnent vers la guérison. L’étude Anamia montre que la censure de ces blogs est une très mauvaise idée : certes, on interdit ainsi des sites trop extrêmes, mais on interdit en même temps ceux qui diffusent un message d’entraide ou de solidarité. »

Catherine Clément : « J’ai travaillé sur le phénomène pro-ana en préparant un livre intitulé L’appel de la transe . J’ai retracé dans un livre l’historie de la transe depuis l’Antiquité grecque, dans les Pouilles. Sous l’empire romain, on voit apparaître des tarentulées, c’est-à-dire des bacchantes qui sont piquées dans les champs par des tarentules. En 1958, Ernesto di Martino dans La terre du remords a fait une étude pluridisciplinaire importante. Il met alors en évidence que les tarentules n’existent pas. Les transes ont été appelées, ensuite, possessions démoniaques, puis hystérie. Pour moi, l’anorexie vient à leur suite, elle est l’héritière des phénomènes de transe. Sur les sites pro-ana, on voit un peu partout l’image de la tarentule. Les anorexiques sont devenues des bacchantes laïques. Les sites pro-ana, comme la transe, comme la boulimie, sont des mouvements de révolte.

Il est intéressant de constater la constitution des usagers en blocs de révolte contre le corps médical. On l’a vu pour l’autisme, on le voit pour tout un tas de phénomènes : on peut se retrouver dans un groupe d’usagers. Les usagers vont-ils prendre le pouvoir ? Jusqu’où me corps médical peut-il résister ? Le corps médical prend assez peu en compte les usagers, il est donc difficile de savoir quelle sera l’évolution. »

Pascal Ory : « Il faut associer à ces questions toute la problématique de l’ascèse, et avec elle celle de la sécularisation de nos sociétés, qui fait que les comportements ascétiques deviennent anorexiques, avec des traits sociaux qui associeraient les anorexiques dans la lignée de grands saints ou de grands hérétiques. Il est clair qu’il y a un rapport à la communication et à l’autorité corporelle ou médicale : chacun d’entre nous est tenté de faire son propre diagnostic et de créer sur la toile des communautés. L’autorité corporelle est diluée au milieu des bloggeurs, des administrateurs de forums. Ce phénomène reflète un besoin de dialogue et d’information : sur internet, il y a des sites d’enfermement, mais aussi des sites d’aide. La question devient une question de santé publique.

La prise de pouvoir par l’usager n’est pas encore d’actualité, dans la mesure où les usagers éclatent en communautés parfois contradictoires. Il faut tout de même avoir un regard *a priori * positif sur ces sites. »

Sons diffusés :

  • Le Professeur Liénardt à propos des pro-ana.
  • Charlélie Couture, « Si légère ».

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Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 29 novembre intitulée « Le boom des forums », cliquez ici.

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