France Culture
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A partir de l'ouvrage * Vivre de François Goldwasser et Jeremy Stiger (Seuil).*

Avec Ruwen Ogien , Philippe Amiel et Sébastien Balibar .

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Ruwen Ogien : « Voilà quelques années, Suzanne Sontag s’interrogeait sur les raisons pour lesquelles certaines maladies comme le cancer frappent particulièrement l'imagination, et modifient les relations entre médecins et patients. Elle pensait que le cancer faisait partie de ces maladies qu'on cache comme si elles étaient le signe d'un échec personnel. A l’inverse, d’autres voient la maladie comme une épreuve exceptionnelle à surmonter, ce qui mène à une forme d'exhibition. Pour Sontag, il est important de se défaire des images, qu’elles soient pénalisantes ou glorifiantes, pour combattre la maladie de façon plus efficace. Les malades souffrent autant et même plus de ces images.

Aujourd’hui, les capacités de traitement médical de la maladie sont beaucoup plus importantes, et pourtant le transfert du terme « cancer » dans le langage courant est important. On peut ainsi se demander, au vu des progrès médicaux, si le rôle métaphorique du cancer va changer.

Quelque chose d'important dans ce livre, c'est l'humour des gens interrogés lorsqu'ils parlent de leur propre maladie. Cet humour fait partie des stratégies des malades pour faire en sorte que leur entourage se sente mieux. » Philippe Amiel : « La situation a changé depuis Susan Sontag, mais la difficulté à parler du cancer reste importante aujourd'hui. Le cancer n'a pas une bonne image ni dans la société – pensez à l’expression de « cancer de la société » – ni parmi les scientifiques. Aujourd’hui, le cancer est la première cause de mortalité en France, devant les maladies cardio-vasculaires. Le nombre de nouveaux cas de cancer est de plus de 350 000 chaque année. En comparaison, le nombre de nouveaux cas de séropositivité au VIH est de l'ordre de 6500, en diminution constante. C'est un phénomène de très grande ampleur, contre lequel la médecine n'a longtemps rien pu. Du point de vue des représentations, l'association du cancer à la mort va durer, même si on guérit un cancer sur deux à l'heure actuelle.

Le cancer est une métaphore de choses désagréables depuis très longtemps. Cette maladie est connue depuis l'Antiquité. Mais ce n’est pas la seule a subir ce sort : on le voit avec la tuberculose.

Il faudrait surtout démystifier les images qui ont trait au combat et à la guerre. On dit souvent que le malade qui se bat a une plus grande chance de guérison. Ce n'est pas vrai, les statistiques le montrent, et la dépression est une façon de faire face assez efficace du point de vue psychologique. En 1998 se sont tenus les Etats Généraux des patients touchés par le cancer. Cette pression positive des patients a conduit à mieux gérer certaines situations, comme le moment de l'annonce. » Sébastien Balibar : « Pourquoi le cancer a-t-il ce rôle de métaphore dans le langage courant ? Une réponse peut se trouver sur la couverture du livre Vivre : on sait, quand on observe la femme photographiée, qu’elle est atteinte d’un cancer. Ce que le cancer a de particulier, c’est que ça se voit. De plus, quand on a un cancer, on sait qu'on est en très grand danger. La personne cancéreuse est donc l'image de la mort à laquelle nous sommes confrontés.

Il faut dire du bien de ce livre, qui insiste sur la nécessité de parler tous ensemble, entre médecins, patients, personnel soignant. Tout cela aide à la guérison et donne un certain espoir. Ces initiatives devraient inspirer le monde médical dans son ensemble. Combien de médecins refusent de parler à leurs patients, sous prétexte qu'ils savent et que les autres ne savent pas ? »

Sons diffusés :

  • Susan Sontag dans A voix nue , le 4 janvier 2001.
  • Extrait d’un reportage d’Antenne 2 en hommage à Pierre Desproges, diffusé le jour de sa mort.
  • Valérie Donzelli, « Ton grain de beauté », extrait de la bande originale du film La guerre est déclarée.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 3 décembre intitulée « Rencontre entre Marie-Hélène Lafon et Antoine Billot », cliquez ici.

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