France Culture
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  • A partir de la série * Homeland.

**Avec : **

- Sylvie LAURENT

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- Marc WEITZMANN

- Mathieu POTTE-BONNEVILLE

Sylvie Laurent : « La guerre est une des grandes absentes du débat présidentiel. La façon dont on peut verbaliser les dégâts psychologiques de la guerre est quelque chose de très important. Aujourd’hui, même les républicains comprennent que la présence américaine en Afghanistan est problématique, et que la fin de la campagne militaire ne mettra pas forcément fin au problème, avec un grand nombre de soldats marqués par le conflit. 24 heures chrono donnait le grand récit de la guerre des années Bush et semblait absoudre les Etats-Unis au nom d’une lutte contre ses ennemis. Homeland sort de cette lecture morale et pose un regard plus ambivalent, à travers les deux protagonistes, qui sont deux malades mentaux. Le premier est un vétéran de l’Irak, la seconde est un agent de la CIA, elle est fragile, névrosée, et entièrement consumée par sa quête fanatique de liberté. Elle projette sur le soldat toute sa terreur et tout son désir. Elle le met sous surveillance, car elle le soupçonne d’être devenu militant d’Al-Qaïda. On se demande qui des deux est coupable, qui détient la vérité.

La question de la maladie mentale se pose bel et bien pour cette guerre, du fait de sa durée et de l’absence d’ennemi désigné. Les soldats sont marqués par des maladies psychologiques à une hauteur sans précédent. Depuis 10 ans, on est maintenu dans un climat de terreur à l’intérieur, et de lutte contre la terreur à l’extérieur. La grande particularité de cette guerre, c’est donc qu’il y a un front, là-bas, mais qu’il y aussi la possibilité que cette guerre soit importée avec une attaque terroriste.

La force de cette série est de choisir pour suspect le héros par excellence, et de poser la question de la finalité de son action, quelle qu’elle soit. Il honnit le confort de la bourgeoisie américaine, mais veut aussi se réintégrer et rentrer dans le rang, ce qui souligne l’hypocrisie du discours sur le patriotisme américain. L’idée d’une pathologie, d’un pays malade de la guerre, est aussi le résultat d’un climat de suspicion générale. Dans la série, l’insistance sur la conversion à l’islam du personnage principal justifie qu’il puisse être un terroriste. Pourtant, historiquement, ce sont les plus américains des Américains qui ont pratiqué le terrorisme pour faire valoir une forme de vérité et d’absolu. »

Marc Weitzmann : « La question des guerres de Bush et d’Obama ne se pose pas vraiment dans cette série. Le retour des gueules cassées pouvait poser problème au Viêt-Nam, mais aujourd’hui on a des armées de métier. Les ambigüités de la série viennent surtout de ce qui se passe quand on ne sait pas à qui on fait la guerre. Bush annonçait une guerre contre la terreur : l’ennemi n’est pas clairement identifié. Dans 24 heures chrono , on savait contre qui Jack Bauer devait se battre. Là, on a des situations ambigües car on ne sait qui est l’ami et qui est l’ennemi, et cela n’est pas neuf. Ce qui est neuf, c’est l’incertitude provoquée par des guerres dont on ne sait pas exactement à quoi elles correspondent.

C’est une erreur d’analyser la guerre à travers une série télévisée. Ici, c’est moins un vétéran qui revient qu’un ancien prisonnier de guerre. Le risque de l’acte terroriste fige le temps : l’avenir est bloqué par n’importe quoi, qui peut se produire n’importe quand. Voilà la base de la paranoïa. Cette idée que le temps ne peut plus s’accomplir normalement, voilà ce qui crée l’incertitude sur soi et sur les autres. »

Mathieu Potte-Bonneville : « Vétérans, paranoïa… aucune des thématiques de la série n’est neuve. En revanche, cette série est la première à poser la question du temps, du fait de vieillir avec le terrorisme. Ici, on voit une petite fille – le personnage principal – qui grandit devant les images et la réalité du terrorisme. La série pose la question : qu’en est-il du rapport de l’Amérique avec le terrorisme, compte tenu du fait que le temps a passé ?

Quant à la question de la tension, la série est d’une extraordinaire douceur. On est dans un climat automnal où on fait le bilan d’un certain nombre de choses qui ne sont plus possibles. La question qui est dans le titre : qu’est-ce que le home ? Comment peut-on cohabiter avec le terrorisme ? Le dedans, ce pour quoi on s’est battu, n’existe plus : la famille dysfonctionne, par exemple. Ce dedans intègre d’ailleurs le Moyen-Orient, qui est devenu une partie de la géo américaine. On essaie de se fabriquer des dispositifs d’intériorité précaire pour se retrouver dans un dedans qui ne soit pas ouvert à tous les vents. »

**Sons diffusés : **

  • Générique de la série Homeland .
  • Extrait de l’épisode 2 de la saison 1 de Homeland .
  • Interview de Gideon Raff, créateur de la série (Vidéo Canal +).
Références

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Caroline Broué
Caroline Broué
Caroline Broué
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Chronique
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Production déléguée
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Chronique
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Hervé Le Tellier (2020)
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Philippe Trétiack au Caire (Egypte)
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Bertrand Lavier
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