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En direct de l'Université Américaine de Paris, à la veille des élections présidentielles américaines.

**Avec : **

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- Sylvie LAURENT

- Eric FASSIN

- Cynthia LIEBON , fondatrice des éditions Baker Street .

la grande table
la grande table
© Radio France - V. Noël

Sylvie Laurent : « Cette campagne a été menée sur des idées, et pas seulement sur la forme ou la personnalité. On peut retenir deux questions. D’abord, quelles sont les idées intellectuelles, les idéologies des deux candidats ? Ensuite, comment cette campagne reflète-t-elle la vie académique dynamique des Etats-Unis ?

Obama est plus intellectuel que nombre de ses prédécesseurs, et il n’a pas hésité à le dire. Parmi les courants qui l’ont influencé, il y a la philosophie pragmatique. Selon cette pensée, la meilleure forme démocratique est celle qui procède de la délibération et du renouvellement perpétuel du contrat social. La constitution américaine n’est pas porteuse d’une vérité originelle intangible, mais un texte qui se construit. A l’inverse, à l’extrême droite, on trouve une vision intangible de ce texte. Côté républicain, Mitt Romney et Paul Ryan se réclament d’auteurs comme Frederick Hayek, Frédéric Bastiat… qui décrivent l’Etat comme la source principale du dysfonctionnement démocratique.

Le rapport d’Obama aux intellectuels n’est pas le même que celui d’un Bill Clinton, qui faisait venir des intellectuels en vue pour leur demander leur avis. Certains se plaignent aujourd’hui de ne pas avoir été invités. L’actuel président s’est entouré d’un certain type d’intellectuels, juristes et économistes favorables au marché.

Il faut quand même garder à l’esprit que le rôle de l’Etat demeure le point de clivage essentiel. Aujourd'hui, la droite appelle à la désintégration de l’Etat, tandis qu’Obama prône l’idée de fairness , c’est-à-dire de justice et d’équité. Il pense l’existence d’un contrat social dans lequel les inégalités sociales sont acceptables si les plus défavorisés sont soutenus. »

Eric Fassin : « Il faut distinguer deux logiques assez différentes : l’une est celle des sources intellectuelles, l’autre est celle de la présence effective des intellectuels dans les appareils politiques. Or ils sont absents en tant que tels dans l’administration Obama. La vie intellectuelle existe dans le monde universitaire, mais n’a pas accès à l’espace public et politique. Et puis, il y a une droitisation du débat politique, qui exclut certains intellectuels qui pourraient être des ressources pour Obama. Il y a eu un choix d’emblée sous Obama qui était de privilégier non pas des intellectuels proches des démocrates, mais des néo-libéraux. Au fond, malgré les divergences sur le rôle de l’Etat, il y a un consensus autour du néo-libéralisme, avec l’idée que l’Etat soutient le marché.

Le débat sur la pauvreté a complètement disparu. Quant à la question du marché, il ne faut pas imaginer que Barack Obama est un social-démocrate. Sa réforme de l’assurance maladie, si importante soit-elle, ne propose pas une prise en charge par l’Etat, mais c’est l’Etat qui demande aux gens de souscrire des assurances privées ! »

Cynthia Liebon : « Il y a des différences radicales dans les positions des deux parties, en théorie. Mais dans les actes, les frontières peuvent s’effriter un peu. Journalistes, éditorialistes, électeurs, semblent dire qu’il y a une différence radicale entre la droite et la gauche. Dans le débat sur le rôle de l’Etat, la question du système de santé est très représentative, de même que la tempête Sandy. Obama a su en profiter : il était tout de suite sur le terrain, et il a montré sans grand discours le besoin d’intervention de l’Etat.

Cette question est au cœur du débat éditorial. Les électeurs américains ne lisent pas les livres des idéologues, mais cette pensée est disséminée dans les médias. Depuis trois mois, on ne peut échapper à ces questions intellectuelles. Mais ce n’est pas nouveau : en 1996, le livre d’Hillary Clinton sur la réforme de la santé pensait déjà cette question. »

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