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Résumé

A partir de l'ouvrage de Francis Fukuyama , "Le début de l'Histoire" (St Simon).

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Avec : 

- François CUSSET

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- Marc WEITZMANN

- Christophe PROCHASSON

François Cusset  : « De quoi Fukuyama est-il le nom ? D’une grave erreur de jugement sur la fin de l’Histoire. La thèse de La fin de l’Histoire  en 1992, c’est que la chute du mur de Berlin serait non seulement la fin de la guerre froide, mais aussi l’avènement de la démocratie libérale de marché. Ce livre est aussi une forme idéologique de science politique qui va être contredite pas les faits, avec le retour de la guerre dans le monde, le creusement des inégalités économiques, ou le 11 septembre. Le nouveau livre de Fukuyama, apparemment moins idéologique que le premier, est une façon de tenir compte de tout ce qui s’est passé depuis vingt ans. Il est tout aussi problématique et contestable. C’est un parcours qui va de Neandertal à la Révolution française pour analyser l’évolution de l’ordre politique. Pour l’auteur, la démocratie politique suppose trois choses combinées : l’Etat central, impersonnel et patrimonial l’autorité de la loi, qui procède de la transcendance religieuses et la responsabilité des gouvernements. L’ensemble est fondé sur 3 principes biaisés, qui ont de quoi inquiéter si ce type d’intellectuel influence la géopolitique mondiale. D’abord, un évolutionnisme historique. Ensuite, un naturalisme très inquiétant, fondamentalement réactionnaire, qui fait comparer l’évolution des formes politiques à l’évolution des espèces. Enfin, un refus total du matérialisme, qui lui fait manquer la conflictualité et le fait qu’il existe des sujets de l’Histoire.

Pour revenir sur la perspective du livre, ce qui est étrange c’est qu’il y aurait de tout temps une stabilité des concepts. Epistémologiquement, il y a aussi un point de vue libéral selon lequel la science politique serait séparable du reste. »

Christophe Prochasson  : Au début des années 1990, Fukuyama n’a pas été le seul à réfléchir sur la crise du temps, avec l’idée qu’on n’arrivait plus à forger un futur. Ce nouveau livre reconnaît une erreur de celui d’il y a vingt ans, l’idée selon laquelle la démocratie se répandait très vite sur toute la planète. Fukuyama est un type d’intellectuel que nous n’avons pas en France : c’est un universitaire pluridisciplinaire qui propose de vastes fresques, avec une réflexion assez ouverte, humble et pas péremptoire. Ce qu’on peut reprocher à ce livre, c’est de ressembler à un manuel d’histoire mondiale, avec des éléments qui limitent le propos.

Il présente également un problème de méthode, d’échelle : il fonctionne sur de grandes notions qu’il n’interroge pas, comme celle d’Etat par exemple. Mais il a au moins une vertu, c’est sa dimension mondiale : le décentrement vers la Chine et l’Asie est assez intéressant par rapport à notre réflexion politique nationale, très nationalo-centrée.

Marc Weitzmann  : « Les années 1990 ont été une décennie très particulière, avec le retour de la guerre dans les Balkans, la fin de l’apartheid, ou encore le processus de paix au Moyen-Orient… On a vu se développer une démocratie mondiale, globale, poussée par l’économie libérale, soutenue par tout le monde y compris à gauche. C’est dans ce cadre que la théorie de la fin de l’Histoire s’est développée. Fukuyama a été critiqué parce que l’Histoire ne s’arrête pas : évidemment, les faits continuent. Mais il pouvait vouloir dire que ce qui se finissait, c’est l’idée d’une Histoire hégélienne, avec une direction. L’Histoire allant dans le sens d’un progrès, d’un avenir, était terminée, et laissait place à une vision beaucoup plus cyclique. Vue ainsi, la thèse peut se défendre. Les pouvoirs se succèdent selon les rapports de sens, sans qu’il y ait un sens général. Le livre s’inscrit dans une tendance assez lourde dans le monde anglo-saxon, qui vise à raconter l’Histoire du monde d’un point de vue impérial, pour voir comment se maintenir dans le monde multilatéral tel qu’il est.

Derrière la naïveté du livre, on perçoit une forme de désarroi : on est passé d’une phase offensive de la démocratie à une phase défensive, avec en arrière-plan une interrogation légitime : qu’est-ce que l’ordre politique multipolaire ? »

Sons diffusés :

  • Extrait d’une conférence de Francis Fukuyama à l’université de Berkeley, le 6 octobre 2011,
  • Francis Fukuyama, le 17 octobre (vidéo du site www.nouvelobs.fr).
  • Francis Fukuyama dans Synergies  de Jean-Luc Hees, 18 février 1992.
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