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Guillaume PERRIER , envoyé spécial du « Monde » en Turquie (par téléphone)

Hamit BOZARSLAN , historien

Eric FASSIN

Guillaume Perrier : « Les artistes se sont effectivement mobilisés immédiatement. Il y a plusieurs raisons à ça. Le poids du conservatisme sur la création artistique est l’une de ces raisons, mais ça n’est pas l’unique raison. Beaucoup de ces artistes (que j’ai rencontrés pour cet article) ne sont pas forcément politisés, ne sont pas forcément pour ou contre le gouvernement actuel au pouvoir. Simplement, beaucoup se sont immédiatement mobilisés dans ce mouvement de protestation de manière assez radicale, car l’une des premières victimes de la répression policière le 31 mai a été une jeune femme d’origine libanaise qui travaillait dans une société de production musicale et qui était assez connue sur la scène culturelle stambouliote. Elle est toujours gravement blessée, hospitalisée. (…) Le monde artistique s’est mobilisé immédiatement à la suite de ce drame. Après, les artistes turcs sont assez échaudés par l’action du gouvernement islamo-conservateur, notamment à cause de certaines mesures jugées trop conservatrices. Mais l’intrusion du conservatisme dans la sphère privée n’est pas l’unique raison. (…) Ces manifestations expriment une ligne de fracture qui est moins religieuse que sociale et culturelle finalement. C’est toute une idée de la culture et de la vie en société qui est défendue aussi dans le parc Gezi. »

Hamit Bozarslan : « Effectivement, le paradoxe est que d’un côté, on a une société qui est devenue ultraconservatrice Avec les transformations des trente ou quarante dernières années, aujourd’hui le gouvernement veut exercer son droit de contrôle sur le corps féminin, sur le temps et l’espace collectif. Cela donne l’impression d’un espace urbain très uniformisé, contrôlé par le regard, par les mesures disciplinaires. D’un autre côté, vous avez une classe intellectuelle en Turquie, qui est extrêmement nourrie, plurielle, qui ne partage pas nécessairement la même vision du monde ou la même vision politique, mais qui est ouverte sur le monde, et qui s’exprime aussi bien dans la création artistique (notamment dans le cinéma, la musique, la littérature) que dans le domaine des sciences sociales. »

Eric Fassin : « Sans rien connaître à la Turquie, j’ai été frappé par le fait qu’il y a beaucoup de choses qui sont familières. Par exemple, j’entendais Hamit Bozarslan utiliser le mot « bobo ». La situation décrite est celle qu’on appellerait d’ordinaire la « gentrification », c’est-à-dire des quartiers où des couches éduquées (un peu plus argentées) sont en concurrence avec des couches moins éduquées (et privées d’argent). Ce n’est pas exceptionnel. C’est quelque chose que l’on retrouve dans des pays différents. De ce point de vue là, la question de la culture ou du conflit des cultures se pose largement en termes de classes, mais aussi en termes politiques. La question est celle du populisme : arriver à dire que le vrai clivage, c’est entre les gens qui ont fait des études et ceux qui n’en ont pas fait. Pourquoi ? Parce qu’il y a d’autres clivages possibles qui pourraient être fondés par exemple sur les revenus, le capital. Là, on voit que la ligne de fracture qui nous est posée est une ligne culturelle dans ce sens-là. Donc, ce n’est pas seulement un fait social, c’est aussi un fait social construit politiquement. Le sens qui est donné à cette expérience est celui du populisme. »

**Sons diffusés : **

  • « Eyvallah » interprété par Duman
  • « Istanbul Symphony Opus 28 » interprété par Say Fazil (compositeur)
  • Extrait du film « Crossing the Bridge » de Fatih Akin

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Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du * 14.06.13 * intitulée « Retour sur l’œuvre de D. H. Lawrence », cliquez ici.

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