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Au lendemain du dernier débat entre Barack Obama et Mitt Romney .

**Avec : **

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- Pascal BLANCHARD

- Sylvie LAURENT

- Marin DE VIRY

Pascal Blanchard : « Nous Français, pensons toujours que la politique se fait en dehors de la sphère de la communication, quand les Américains sont devant leur télé ! Ces débats sont un moment important dont Kennedy et Nixon ont lancé la mode en 1960, alors que la plupart des auditeurs n’ont que la radio. Ceux qui écoutent le débat à la radio considèrent que Nixon a gagné, tandis que pour les téléspectateurs, c’est Kennedy. On réalise alors combien l’image compte. Durant le duel Nixon / Carter, il y a une panne de son pendant 30 minutes, et c’est le silence qui va compter pour les départager. En 1980, Hollywood débarque avec Reagan. Donné perdant avant les trois débats, il finit par l’emporter. Le débat Obama / McCain n’a pas fait gagner Obama, mais a incité beaucoup de gens à aller voter. Tout cela permet de comprendre le débat Obama / Romney. Hier soir, le président a été fantastique : il a relancé la machine. L’image, la télé, peut changer le cours des choses.

Chez une petite frange d’indécis, le débat peut avoir une influence. D’ailleurs, lors de la précédente élection, l’enjeu pour Obama était de mobiliser ses propres troupes, qui avaient voté démocrate quatre ans plus tôt. Dans le dispositif électoral américain, le débat reste un moment clé, qu’on ne peut pas louper, car les électeurs voient si leur candidat est bel et bien solide. Cette étape n’est donc pas neutre. En France, on pensait que Hollande aurait du mal à passer le cap lors du débat de l’entre-deux-tours. Son aisance lors de ce duel n’a pas forcément changé les intentions de vote, mais a tout de même transformé les perceptions qu’on avait de ce candidat.

A mon sens, c’est une erreur de penser que c’est la communication qui pervertit le politique. Evidemment, nos hommes politiques sont des communicants parfaits, et on peut le déplorer. Mais à l’inverse, un archétype de mauvais communicant n’aurait – et c’est normal – aucune chance d’arriver jusqu’au débat, et jusqu’à la présidence. Pour arriver à être président, il faut passer ce débat. »

Marin de Viry : « Il y a un énorme retard des politiques français en matière de communication, parce que le sur-moi français est littéraire, alors qu’aux Etats-Unis il est né avec les nouveaux médias. Ce qui est frappant, c’est qu’à chaque débat, deux sociotypes se sont opposés. Avec Obama et McCain, on avait un civil face à un militaire, l’ouverture au monde des Etats-Unis face à la gloire du passé américain. La dramaturgie qu’incarnent les candidats est très forte.

Statistiquement, il n’y a pas d’effet décisif de ces débats sur les indécis. Malgré cela, la formation de l’opinion est une équation dynamique, dans laquelle le débat présidentiel peut jouer. Aux Etats-Unis, il y a une grande mise en scène des débats, qui oblige les politiques à être de grands acteurs et qui impose une théâtralité démocratique. Cette scénographie me paraît digne d’une grande démocratie, et n’est pas une perversion. »

Sylvie Laurent : « La grande différence entre la France et les Etats-Unis, c’est qu’il n’y a pas de débat outre-Atlantique. Les candidats ne se parlent pas l’un à l’autre puisqu’il y a un modérateur, et ils sont face à un public qui les questionne. C’est la mise en scène d’une conversation démocratique, aujourd’hui fallacieuse puisqu’elle donne l’illusion que l’on fait de la politique à l’ancienne, et que le peuple est face à un vrai choix.

Ces débats n’ont strictement aucun effet sur le vote : après chaque débat, les courbes d’opinion ne sont pas modifiées. Ils n’ont donc pas d’influence, mais gardent néanmoins une importance : il s’agit d’un rituel politique et démocratique fondamental. On choisit bien sûr un candidat pour ce qu’il incarne, et le débat est un des nombreux épisodes permettant de montrer sa personnalité. Mais en ce qui concerne la capacité de la télévision à mobiliser les foules et de donner envie de voter, je n’y crois pas du tout. La forte participation d’il y a quatre ans s’explique surtout par la très forte mobilisation démocrate sur le terrain. Depuis le pic d’audience de 1980, où le débat présidentiel a réuni plus de 66 millions de téléspectateurs, l’audimat ne cesse de baisser. On peut même se demander si la télévision n’a pas un effet délétère : on constate que plus la politique est médiatisée aux Etats-Unis, et plus l’abstention augmente. Le système permet de faire en sorte que politiques et médias fonctionnent ensemble pour se soutenir mutuellement, sans beaucoup de respect pour la démocratie. »

Sons diffusés :

  • Débat entre John Mc Cain et Barack Obama, 2008.
  • Débat entre Barack Obama et Mitt Romney, le 22 octobre 2012.
  • Régis Debray dans Ce soir ou jamais (France 3), le 1er mai 2012.
  • Barack Obama chantant Al Green, ABC, 20 janvier 2012.
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