France Culture
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A l'occasion de l'exposition "Intelligentsia entre France et Russie" organisée à l'Ecole des Beaux-Arts, une émission réunit les historiens Philippe Tretiack, Pascal Blanchard et Geneviève Brisac

Philippe Tretiack : "C’est une exposition d’archives en partie inédites, avec des lettres, des photographies… qui font que le catalogue est bienvenu parce qu’il permet de les observer attentivement. L’exposition est très vaste, et montre comment l’URSS a rapidement compris que la structuration d’un monde intellectuel allait lui permettre de défendre la patrie du socialisme. De ce point de vue, c’est passionnant. On constate que le rapprochement entre France et Russie est concomitant à la montée en puissance de la Prusse.

Quant l’URSS prend ce nom, c’est le seul pays qui n’a pas de localisation géographique. C’est quelque chose d’abstrait. Ainsi, quand les écrivains y vont, ils vont dans la patrie de la révolution. Aujourd’hui encore, il y a un tropisme oriental, un attrait pour les confins.

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L’exposition ne tait pas l’existence des dissidents, mais vu ce qu’on en sait, elle propose un aperçu assez court. »

Pascal Blanchard : « Avec le catalogue – plus réussi que l’exposition –, on a un livre ouvert qui explique comment on peut être fasciné par l’URSS, se fourvoyer, voyager, fermer les yeux, prendre conscience, se taire : dans ce livre, il ne se passe rien de 1974 et 1991, après la publication de *L’Archipel du goulag * de Soljenitsyne. Les affiches nous montrent comment l’histoire était portée en Russie par le rapport au livre, par exemple avec cette affiche qui dit « En Russie, les bibliothèques sont ouvertes et gratuites ».

Que ces écrivains du monde viennent voir la Russie, c’est une manière de montrer que le pays n’est pas au ban des nations du point de vue intellectuel, alors qu’il l’est du point de vue politique. Le livre est donc très diplomatique, même dans le contexte actuel. L’absence de la période 1939-1942, qui correspond au moment de la signature du traité avec l’Allemagne, est majeure, et pourtant rien n’en est dit. Aujourd’hui encore, il ne faut pas faire de vagues.

Les intellectuels sont traduits dans les langues de Russie à l’époque. Un auteur comme Henri Barbusse est publié à 2,5 millions d’exemplaires en URSS et en France, il n’atteint pas 0,5% de ce chiffre ! C’est là-bas que ces auteurs ont vraiment une aura.

Cette exposition nous parle aussi du présent, avec un écho aux nouveaux dissidents des temps modernes. Les Moscovites vont voir l’exposition au printemps prochain : cela leur parlera indirectement d’aujourd’hui, et peut les amener à porter un autre regard sur leur société. »

Geneviève Brisac : « Ces écrivains français sont fascinés par l’URSS, car c’est un continent qui s’est réveillé, c’est la créativité des années 1920, c’est la révolution. Ces écrivains sont curieux, mais aussi trouillards, et ils en savent assez peu. Ce sont de tout petits individus face à de grands bouleversements, qu’ils ont du mal à analyser. Ils se croyaient dans un mouvement historique qui n’était celui qu’ils imaginaient. Certains écrivains sont fascinés par le pouvoir, et ils sont près du pouvoir. Ils se font ainsi manipuler et se prennent très au sérieux. Mais nombreux sont ceux qui ne sont pas dans cette position. Quant aux écrivains russes venus en France, ils avaient une conscience plus importante de ce qu’il se passait URSS. »

Sons diffusés :

  • André Gide évoquant son voyage en URSS de 1936.
  • Laurent Schwartz, extrait du journal télévisé d’Antenne 2 , le 22 octobre 1975.
  • Bande originale du film Docteur Jivago , composée par Maurice Jarre.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 30 novembre intitulée « Rencontre avec le claveciniste et chef d’orchestre Christophe Rousset », cliquez ici.

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