💬 BD : « Corto Maltèse - Océan noir » et « Le Grand vide » de Léa Murawiec

Couvertures - 1/ Le Grand Vide de Léa Murawiec - 2 / Corto Maltese de Bastien Vivès et Martin Quenehen
Couvertures - 1/ Le Grand Vide de Léa Murawiec - 2 / Corto Maltese de Bastien Vivès et Martin Quenehen - Editions 2024 // Editions Casterman
Couvertures - 1/ Le Grand Vide de Léa Murawiec - 2 / Corto Maltese de Bastien Vivès et Martin Quenehen - Editions 2024 // Editions Casterman
Couvertures - 1/ Le Grand Vide de Léa Murawiec - 2 / Corto Maltese de Bastien Vivès et Martin Quenehen - Editions 2024 // Editions Casterman
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Nos critiques ont lu le nouveau Corto Maltèse et Le grand vide de Léa Murawiec. Décrouvrez leurs avis...

Avec

La Grande Table Critique : chaque vendredi, une poignée de critiques passionnés échangent et se disputent autour de films, de livres, d’expositions, de disques, de bande-dessinées, etc... On y parle de l’actualité culturelle avec enthousiasme et contradiction.

Au sommaire de cette émission, deux bandes dessinées : "Corto Maltèse - Océan noir" de Bastien Vivès et Martin Quenehen aux éditions Casterman et "Le Grand vide__" de Léa Murawiec aux éditions 2024. 

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Pour en parler, aux côtés de Lucile Commeaux :  Sarah Ihler-Meyer, critique d’art et commissaire d’exposition et Victor Macé de Lépinay, journaliste et critique

💬   -  Le Grand vide de Léa Murawiec 

Planches "Le Grand vide" de LĂ©a Murawiec
Planches "Le Grand vide" de LĂ©a Murawiec
- LĂ©a Murawiec / Editions 2024

La BD : 

Léa Murawiec a 27 ans, on imagine que son héroïne Manel Naher a à peu près le même âge. Elle vit dans une grande ville plantée de buildings bleus et rouges dont les nombreuses enseignes inscrivent des patronymes. Partout dans l’espace public, le nom des gens, et pour cause Manel vit dans un monde où pour survivre, il faut de la “présence”, c’est-à-dire suffisamment d’attention d’autrui pour ne pas s’évanouir dans le néant. Un jour à la bibliothèque qu’elle fréquente assidûment elle découvre qu’une chanteuse célèbre porte exactement le même nom qu’elle, et que par conséquent elle est menacée. 

L’avis des critiques :

►►► Ce qui frappe en premier lieu quand on lit cette bande dessinée, c'est la très grande qualité et la très grande liberté du dessin de Léa Murawiec. Elle peut passer, au sein d'une même planche, d'un dessin plutôt réaliste à un dessin très synthétique, quasiment caricatural, voire cartoonesque.  Cette inventivité, cette liberté graphique ne tourne pas à vide, puisqu'elle est au service de ce que l'on appelle "l'économie de l'attention" dans un univers de science-fiction dystopique dont elle tire toutes les possibilités à la fois d'un point de vue scénaristique, dramaturgique et graphique. C’est remarquable !   
Sur le plan narratif, c’est un récit de l'ordre de la fable, et comme toute fable, il y a une forme de morale, au sens strict d'une étude de mœurs, que je trouve très drôle et en même temps cinglante et juste.  Sarah Ihler-Meyer

►►►A travers cette bande dessinée, j'ai vraiment découvert une jeune autrice talentueuse. Léa Murawiec ose un dessin hyper énergique, hyper fluide, qui varie et n'essaye pas de se ressembler à lui-même. Sa grande maîtrise graphique est impressionnante. C'est une bande dessinée faite à la plume, à la main et cela lui donne une profondeur, un grain, une grande lisibilité et une grande inventivité. C'est assez touchant. La narration est l’autre point fort de ce récit. On arrive très vite à comprendre le monde dans lequel vit cette héroïne pleine d'énergie, pleine de fougue, quelles sont les règles qui le régissent, et ce, avec l'émotion toujours en premier lieu. C’est vraiment une des grandes réussites de ce livre. Victor Macé de Lépinay

💬   -  Corto Maltèse : Océan noir » de Bastien Vivès et Martin Quenehen

Corto Maltese, figure emblématique de la bande dessinée apparaît pour la première fois en 1967 sous la plume de l’italien Hugo Pratt, au départ il est un personnage secondaire, qui devient vite le héros d’une série parue en France dans le journal Pif Gadget. Corto Maltese est un aventurier séduisant et flegmatique, lecteur invétéré et amateur de grandes légendes, né à Malte à l’orée du 20e siècle il voyage un peu partout, affrontant les affres de son temps. 

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La BD :

“Océan noir” plonge Corto Maltese dans un contexte mondialisé et sensible, puisqu’il assiste, alors qu’il est en face d’un agent de la CIA à un coup de fil annonçant qu’un avion a percuté une tour du World Trade Center.
Il y est comme toujours néanmoins à la recherche d’un archaïque trésor, dont la cachette lui est révélée dans un livre appartenant à un vieux japonais nostalgique de l’Empire. Bastien Vivès reprend la manière première du noir et blanc, Corto a toujours sa dégaine de tombeur et son anneau à l’oreille, mais il est plus souple, tout y est assez fluide, un signe des temps peut-être… 

L’avis des critiques :

►►► J'étais assez curieux et impatient de découvrir ce que Bastien Vivès allait faire de Corto Maltese et ce que l’on peut dire, c’est que cet album est un bon Vivès. On peut y voir un  Bastien Vivès plus appliqué que d’habitude. Ses dessins sont plus aboutis, il a soigné ses décors et les regards et il a toujours cette façon de composer les images, de les construire, qui est assez virtuose. Je ne crois pas qu'il revendique Hugo Pratt dans ses influences, il n'est pas vraiment dans sa lignée, mais il y a quand même des points communs entre eux, notamment cette maîtrise du noir et blanc qui est assez importante non seulement du trait, mais aussi de la masse de noir. Pratt était évidemment un maître du noir et blanc et Vivès avec sa palette graphique est aussi un grand maître d'aujourd'hui avec sa propre grammaire. On peut pas reprocher à Bastien Vivès de dessiner comme lui-même, et cela aurait été absolument absurde qu'il essaye de singer ou d'imiter Pratt, donc si on aime Bastien Vivès, on se régale à la lecture de cet album. Victor Macé de Lépinay

►►►Cette bande dessinée n’est pas déplaisante à lire mais je ne crois pas qu’elle renouvelle le regard sur Corto Maltèse. Il est vrai que le choix de Bastien Vivès au dessin est judicieux puisque dans le paysage de la bande dessinée contemporaine, avec son trait lâché et ses grands aplats de couleur noire notamment, c'est peut être un des dessinateurs dont le style est le plus proche d'Hugo Pratt. Néanmoins, l'aspect plus détaillé et plus rond du dessin de Vivès me font regretter l'aspect plus tranchant et épuré du style d'Hugo Pratt et donne à cette album un aspect plus classique, voire mainstream. Du côté de la narration, je déplore que l'ensemble des faits historiques et politiques qui sont convoqués ici viennent seulement ponctuer le récit sans devenir une véritable matière dramaturgique. On a l'impression que Bastien Vivès et Martin Quenehen ont cherché à cocher le maximum de cases d'enjeux contemporains sans avoir de regard sur le sujet et cela donne un côté un peu superficiel à cette BD, là où les récits d'Hugo Pratt sont au contraire très denses, avec différentes strates de lectures et différentes strates d'histoires. Ici, on a affaire à une fausse densité, une saturation d'informations, mais qui reste à la surface. Sarah Ihler-Meyer

La Grande Table culture
27 min

L'Ă©quipe