(1) Toyen Une nuit en Océanie ,1931 // (2 et 3) Exposition "La Ruine en sa demeure" Mathieu Pernot - © Regional Gallery of Fine Arts in Zlín et  ADAGP //
(1) Toyen Une nuit en Océanie ,1931 // (2 et 3) Exposition "La Ruine en sa demeure" Mathieu Pernot - © Regional Gallery of Fine Arts in Zlín et ADAGP //
(1) Toyen Une nuit en Océanie ,1931 // (2 et 3) Exposition "La Ruine en sa demeure" Mathieu Pernot - © Regional Gallery of Fine Arts in Zlín et ADAGP //
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Résumé

Cette semaine, nos critiques débattent de deux expositions : "Toyen, l’écart absolu" au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, et "Mathieu Pernot – La ruine de sa demeure" à la Fondation Henri Cartier Bresson à Paris. Découvrez leurs avis…

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La Grande Table Critique. Chaque vendredi, une poignée de critiques passionnés échangent et se disputent autour de films, de livres, d’expositions, de disques, de bande-dessinées, etc. On y parle de l’actualité culturelle avec enthousiasme et contradiction.

Au sommaire de cette émission, deux expositions : Toyen, l’écart absolu, une rétrospective de cette figure oubliée du surréalisme, à découvrir jusqu’au 24 juillet au Musée d’Art Moderne de Paris et La ruine de sa demeure, une itinérance photographique morcelée entre le Liban, la Syrie et l’Irak, de Mathieu Pernot, à voir jusqu'au 19 juin à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris.

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Pour en parler aux côtés de Lucile Commeaux : Sally Bonn, critique et maître de conférences en esthétique à l’Université de Picardie, et Corinne Rondeau, maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’université de Nîmes

🖼  -  "Toyen, l’écart absolu" au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Présentée successivement à Prague, Hambourg et Paris, cette rétrospective de l’œuvre de Toyen (1902-1980) constitue un événement qui permet de découvrir la trajectoire exceptionnelle d’une artiste majeure du surréalisme qui s'est servie de la peinture pour interroger l’image.

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Cent-cinquante œuvres (peintures, dessins, collages et livres venant de musées et de collections privées) sont présentées dans un parcours en cinq parties. Celles-ci rendent compte de la façon dont se sont articulés les temps forts d’une quête menée en "écart absolu" de tous les chemins connus.

Née à Prague, Toyen traverse le siècle en étant toujours à la confluence de ce qui se produit de plus agitant pour inventer son propre parcours. Au coeur de l’avant-garde tchèque, elle crée avec Jindrich Styrsky (1899-1942) "l’artificialisme" se réclamant d’une totale identification  "du peintre au poète". À la fin des années 20, ce mouvement est une saisissante préfiguration de "l'abstraction lyrique" des années cinquante. Mais l’intérêt de Toyen pour la question érotique, comme sa détermination d’explorer de nouveaux espaces sensibles, la rapprochent du surréalisme. Ainsi est-elle en 1934 parmi les fondateurs du mouvement surréaliste tchèque. C’est alors qu’elle se lie avec Paul Eluard et André Breton. Durant la seconde guerre mondiale, elle cache le jeune poète juif Jindrich Heisler (1914-1953), tandis qu’elle réalise d’impressionnants cycles de dessins, afin de saisir l’horreur du temps. En 1948, refusant le totalitarisme qui s’installe en Tchécoslovaquie, elle vient à Paris pour y rejoindre André Breton et le groupe surréaliste. Si elle participe à toutes ses manifestations, elle y occupe une place à part, poursuivant l’exploration de la nuit amoureuse à travers ce qui lie désir et représentation. Singulière en tout, Toyen n’a cessé de dire qu’elle n’était pas peintre, alors qu’elle est parmi les rares à révéler la profondeur et les subtilités d’une pensée par l’image, dont la portée visionnaire est encore à découvrir. – Présentation du MAMVP-

L’avis des critiques : (Extrait)

►►► La partie de l’exposition consacrée aux premières œuvres de Toyen, réalisées à la toutes fin des années 20, dans une peinture abstraite extrêmement dense, très coloré, très intense et étonnante, est probablement la plus belle partie de l’exposition. Tout son travail de dessin est aussi absolument splendide. Sally Bonn

... Pour aller plus loin, écoutez l'intégralité des commentaires de nos critiques en cliquant sur le lecteur en haut de page.

📷 – "La ruine de sa demeure" de Mathieu Pernot à la Fondation Henri Cartier Bresson

En septembre 2019, Mathieu Pernot commence son projet à Beyrouth, où ses grands-parents et son père ont vécu dès 1925 avant le départ de ce dernier pour la France en 1958. À la faveur de ses recherches, il y découvre lors de ce premier voyage l’appartement familial. Lorsqu’il retourne dans la capitale après l’explosion du port survenue le 4 août 2020, l’immeuble est alors inaccessible et menace de s’effondrer. Mathieu Pernot se trouve ainsi confronté et intimement lié à l’histoire fragile du Liban.

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Du Liban à l’Irak, Mathieu Pernot ne cesse d’être le témoin de scènes de désolation, loin des photographies de famille ou de voyage prises par son grand-père près d’un siècle avant lui. D’un côté, la splendeur de sites archéologiques comme Baalbek au Liban, "immuable vestige de civilisation" (Hala Kodmani) ou la plaine de Ninive en Irak. De l’autre, les villes détruites par les catastrophes et les guerres de ces dernières années, comme Homs, Alep ou Mossoul. De ce double contraste permanent entre l’innocence des photos de l’album familial et la violence des scènes actuelles, puis entre les ruines d’une histoire vieille de 3 000 ans et celles des récents conflits armés, naît une réflexion non linéaire sur cette région, berceau de l’humanité qui semble aujourd’hui représenter sa fin tragique. Le parcours de Mathieu Pernot s’inscrit dans un ensemble de récits croisés aux temporalités différentes qui nous font aussi "plonger dans la photographie et ses histoires entremêlées" (Etienne Hatt).
Malgré les nombreux obstacles liés à la pandémie et aux difficultés d’accès à certaines zones de tensions, Mathieu Pernot a réussi à repousser les frontières du voyage de son grand père en poursuivant le sien jusqu’à Alep et Mossoul. "Un voyage dans les ruines de l’Histoire" selon l’auteur.

L’exposition La ruine de sa demeure présente une soixantaine de tirages de Mathieu Pernot, l’album de son grand-père, des photographies d’archives familiales ainsi que celles trouvées dans des maisons détruites de Mossoul. - Présentation Fondation HCB-

L’avis des critiques : (Extraits à venir)

►* *On n’est pas du tout dans du reportage photographique mais vraiment dans un travail sur l'histoire, la mémoire et la ruine et dans un feuilletage historique que Mathieu Pernot va essayer de traverser par son voyage photographique. Ce voyage est ponctué de présences humaines, qui sont rares, mais aussi assez fortes.** Sally Bonn

►* *Mathieu Pernot est l'homme qui saisit debout ce qui est encore debout ou qui est en déséquilibre. C'est d'une force monumentale. Il photographie, la destruction, ce qui ne se déblaie pas de notre temps. Son travail est d’une modestie et d’une force assez sidérantes.**  Corinne Rondeau

... Pour aller plus loin , écoutez l'intégralité des commentaires de nos critiques en cliquant sur le lecteur en haut de page.

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