"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault
"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault - Simon Gosselin
"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault - Simon Gosselin
"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault - Simon Gosselin
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En débat, deux spectacles adaptés de romans : d'après Dostoïevski pour l'un, d'après Yasunari Kawabata pour l'autre.

Avec

La Grande Table Critique : chaque vendredi, une poignée de critiques passionnés échangent et se disputent autour de films, de livres, d’expositions, de disques, de bande-dessinées, etc... On y parle de l’actualité culturelle avec enthousiasme et contradiction.

Au sommaire de cette émission, deux spectacles : Les Frères Karamazov mis en scène par Sylvain Creuzevault d'après Dostoïevski, à découvrir jusqu’au 13 novembre au Théâtre de l’Odéon dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, et Sleeping de Serge Nicolaï avec Yoshi Oida, d’après le roman Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata, à voir jusqu’au 6 novembre au Théâtre Monfort, à Paris. 

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Nos critiques du jour : Marie Sorbier, rédactrice en chef de I/O Gazette et productrice de la séquence Affaire en Cours sur France Culture, et Philippe Chevilley, chef du service culture aux Echos.

"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault au Théâtre de l'Odéon

Présentation : Les Frères Karamazov est un monstre. Comme pour Les Démons (mis en scène aux Ateliers Berthier à l’automne 2018), et après Le Grand Inquisiteur (créé à l’Odéon 6e à l’automne 2020), Sylvain Creuzevault taille dans ses 1300 pages les éléments d’une lecture inspirée de Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l’ultime roman de Dostoïevski est avant tout “une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine”. Cet humour farcesque, déjà perceptible dans Les Démons, devient ici littéralement ravageur. “Qui crée veut la destruction”, disait Müller : Creuzevault retrouve partout dans le roman ce mouvement paradoxal d’une écriture qui ne cesse de raturer ce qu’elle affirme. Ainsi, après avoir annoncé le roman de formation d’un jeune saint en devenir, voilà que le narrateur se met à raconter l’histoire d’un crime fascinant. Lequel de ses fils a-t-il tué l’ignoble Fiodor Karamazov : Dimitri le sensuel, le coupable idéal, rival de son père en amour ? Ivan l’intellectuel, tourmenté par la question du mal radical, n’y est-il vraiment pour rien ? Et Aliocha le vertueux, le naïf, n’aurait-il pas lui-même joué un rôle dans cette affaire, ne serait-ce que celui d’être resté aveugle ? L’enquête trouble les certitudes, subvertit les causalités. Les actes, les motifs, les caractères s’ouvrent à toutes les contradictions. Le procès de Dimitri exhibe les ficelles de ce qu’on appelle “justice”. Le cadavre d’un homme de Dieu, au lieu de dégager une odeur de sainteté, se met à puer. Dans ce “jeu de massacre”, note Genet, tandis que se défont la dignité, le sérieux tragiques, “il ne reste que de la charpie. L’allégresse commence”...

"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault
"Les Frères Karamazov" de Sylvain Creuzevault
- Simon Gosselin

Extraits

Un des grands succès de ce spectacle qui en a beaucoup, c'est la leçon donnée par Sylvain Creuzevault sur ce qu'adapter veut dire. Creuzevault reste fidèle à Dostoïevski en s'accordant toutes les libertés possibles. Il prend la place, il en donne aussi aux acteurs et aux spectateurs. On n'est pas du tout dans la transposition mot pour mot d'un objet littéraire, on est bien dans une pièce de théâtre, où l'on retrouve tout ce qui fait la grandeur du roman : les interrogations, la mystique, les dilemmes, les choix éthiques, les relations familiales. C'est la moelle de Dostoïevski portée sur scène, c'est une grande adaptation dotée d'une scénographie très intelligente. Marie Sorbier

Les acteurs sont à un très haut niveau de qualité, ils transcendent le théâtre de plateau. [...] Il y a une vraie économie des effets de mise en scène, tous frappants, un point d'équilibre incroyable trouvé entre toutes les intentions de mise en scène, entre la bouffonnerie et le thriller, par exemple, ou entre le dépouillement et le spectaculaire. Philippe Chevilley

"Sleeping" de Serge Nicolaï au Théâtre Monfort

Présentation : Éclairer la vie en regardant la mort. Sleeping est un spectacle onirique qui résonne avec l’époque. Associant masques, jeu théâtral, vidéo et musique, Serge Nicolaï s’inspire du roman Les Belles Endormies de l’écrivain japonais Yasunari Kawabata. Évocation poétique d’un vieil homme, Eguchi, au crépuscule de sa vie. Toutes les femmes qui ont jalonné sa vie, sa mère, sa fille, son amante, lui apparaissent au seuil de la mort, belles, provocatrices, sensuelles, délicates. Des messagères tant fascinantes que répugnantes de l’entre-monde. Des icônes féminines qui reflètent l’âme d’Eguchi et confrontent sans relâche son être le plus intime à ces questions : Comment as-tu aimé ? Comment as-tu vécu ? Une merveilleuse ode à la vie.

Serge Nicolaï (compagnon du Théâtre du Soleil depuis 1997) adapte le roman Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata en partition théâtrale. Librement inspiré et influencé par les formes du Nô et du Kabuki, il confronte la tradition à une forme contemporaine.

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Extraits :

Malgré ses bonnes intentions et la présence du grand Yoshi Oida, qu'on a vu chez Peter Brook, notamment, qui est un trésor vivant, ce spectacle est un ratage à peu près complet. Le propos est brouillé, le dispositif technique bancal. Tout ceci fait obstacle, on n'entre jamais dans l'onirisme recherché par le metteur en scène. Philippe Chevilley

Le spectacle est daté. L'idée, aujourd'hui, de faire un spectacle "à la japonaise" ne tient plus. J'ai eu l'impression d'un vieux spectacle qui, en plus, singeait les codes du contemporain. Marie Sorbier

Egalement au sommaire : 

Le coup de coeur de Marie Sorbier pour le spectacle Nous aurons encore l’occasion de danser ensemble de Daria Deflorian et Antonio Taglliarini d’après le film Ginger et Fred de Federico Fellini. 

Le spectacle est à découvrir au CDN Besançon Franche-Comté du 16 au 18 novembre,  au Théâtre de l’Odéon du 10 au 18 décembre dans le cadre du Festival d'Automne et au Théâtre Garonne de Toulouse du 12 au 15 janvier

Ecoutez la première partie de La Grande Table critique du 28 octobre :

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