Benjamin Voisin (Lucien de Rubempré) dans "Illusions perdues" de Xavier Giannoli
Benjamin Voisin (Lucien de Rubempré) dans "Illusions perdues" de Xavier Giannoli - Roger Arpa
Benjamin Voisin (Lucien de Rubempré) dans "Illusions perdues" de Xavier Giannoli - Roger Arpa
Benjamin Voisin (Lucien de Rubempré) dans "Illusions perdues" de Xavier Giannoli - Roger Arpa
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Xavier Giannoli adapte brillamment le roman "Illusions perdues" de Balzac et en tire un film aux problématiques très contemporaines. Il est l'invité d'Olivia Gesbert.

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Le film de Xavier Giannoli a remporté 7 Césars 2022, dont le plus prestigieux, celui du Meilleur film. Ecoutez cet entretien que nous accordait son réalisateur au moment de la sortie du film en octobre dernier.

"Foisonnant", "labyrinthique", "gargantuesque", les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le roman Illusions perdues d'Honoré de Balzac. Il ne faut pas oublier que les trois parties ont à l'époque été publiées séparément entre 1837 et 1843. Pour son film, Xavier Giannoli concentre le récit sur l'aventure parisienne de Lucien de Rubempré, c'est-à-dire la partie centrale du roman intitulée "Un grand homme de province à Paris".

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Histoire d'amours déçues et découverte des faux-semblants et des lois cachées qui règnent dans la capitale, Illusions perdues est aussi une critique acerbe du journalisme qui est en pleine mutation dans les années 1830. Le capitalisme envahit tous les domaines, le journalisme devient moins une manière d'éclairer les lecteurs que d'obéir aux actionnaires et aux annonceurs. Tout n'est qu'arrangement et corruption. Au destin incertain de poète, Lucien de Rubempré préfère rapidement les avantages faciles qu'il peut tirer de la critique journalistique.

Xavier Giannoli livre un film d'une étonnante actualité et trouve dans ce sujet qu'il a en tête depuis une trentaine d'années l'inspiration pour une mise en scène élégante et fluide qui rappelle Luchino Visconti et Max Ophüls.

Ce n'est pas une illustration de l'œuvre, c'est une adaptation de ce que moi j'ai ressenti, avec un désir de rendre hommage au génie balzacien. (Xavier Giannoli)

Ce génie balzacien est celui d'un connaisseur encyclopédique de l'humanité :

Balzac a dans "Illusions perdues" une extraordinaire générosité : il est à la fois philosophe, anthropologue ; il a le sens de la scène comme un grand dramaturge, il a une écriture qui vous embarque, qui est ... - il y a une expression assez bête mais expressive- un feu d'artifice. Moi, j'ai voulu essayer de capter cette énergie là. (Xavier Giannoli)

Pour le réalisateur, Illusions Perdues est "l'histoire d'un basculement de civilisation", vers une société moderne qui porte déjà les prémices de la nôtre. C'est aussi l'histoire morale d'une perte d'être au profit de l'avoir :

Ce moment où l'être dégénère en avoir, et l'avoir en paraître. (Xavier Giannoli)

Pas question cependant de ne voir dans les Illusions perdues qu'une perte négative et appauvrissante :

Je ne voulais pas de l'idée selon laquelle perdre ses illusions, c'est vivre moins. Non : perdre ses illusions, c'est vivre plus. On va avoir un rapport à la vie qui est différent, mais qui va gagner en incarnation, en intensité ... et ce qu'on perd en naïveté, on le gagne peut-être en profondeur. (Xavier Giannoli)

32 min

Extraits sonores :

  • Extrait du film Illusions perdues (Xavier Giannoli, 2021)
  • Ouverture du Plaisir de Max Ophüls (1952)
  • Christophe, sur France Inter, 2017 : le miracle de la création
  • Philippe Muray, sur France Culture, 1997 : Balzac, un auteur visionnaire

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Thomas Beau
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Oriane Delacroix
Collaboration
Lucas Bretonnier
Collaboration