L'écrivain Joshua Cohen à Bologne, Italie, le 05.09.19.
L'écrivain Joshua Cohen à Bologne, Italie, le 05.09.19.
L'écrivain Joshua Cohen à Bologne, Italie, le 05.09.19. ©Getty - Roberto Serra - Iguana Press
L'écrivain Joshua Cohen à Bologne, Italie, le 05.09.19. ©Getty - Roberto Serra - Iguana Press
L'écrivain Joshua Cohen à Bologne, Italie, le 05.09.19. ©Getty - Roberto Serra - Iguana Press
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Résumé

Dans "Les Nétanyahou", l'écrivain américain Joshua Cohen revient sur un épisode anecdotique de l'enfance de "Bibi" Netanyahou : le recrutement du père dans une université américaine. Une anecdote métaphorique questionnant le sionisme et l'identité juive-américaine avec humour.

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Il s'est vu décerner le titre de meilleur écrivain de sa génération par le magazine "Granta". Le magazine The New Yorker a désigné sa collection de nouvelles Four New Messages (2012) meilleur livre de l'année, de même que le magazine The Village Voice pour son roman Witz (2010). Le jeune écrivain et chroniqueur Joshua Cohen voit son dernier roman publié en France sous le titre Les Nétanyahou (Grasset, 2022). L'héritier de la tradition littéraire juive-américaine de Saul Bellow et Philip Roth revient avec nous sur ce roman dont l'objet est une anecdote métaphorique de l'enfance de "Bibi" Nétanyahou : la fois où son père Ben-Zion a tenté d'être embauché par une université américaine.

Dans cet ouvrage inspiré de faits réels, Joshua Cohen recouvre la réalité d'un voile de fiction. Le critique littéraire Harold Bloom — dont les souvenirs inspirent le roman — devient Ruben Blum, un historien américaniste spécialiste de la taxation. « Il m'a raconté l'anecdote et sa femme est venue dans la pièce, l'a contredit : "mais non, ça ne s'est pas passé comme ça !" et je lui ai dit "tu vois bien que c'est une métaphore de la montée du nationalisme, de la division entre les Juifs de la diaspora et le sionisme, la démocratie et la montée des tendances d'extrêmes droite !' et il m'a dit "ne commence pas à m'expliquer les métaphores, ça c'est ton travail à toi" " se souvient Joshua Cohen.

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Avec son épouse Edith et leur fille Judith, les Blum forment une famille américaine moyenne d'origine juive mais ayant délaissé le traditionalisme religieux pour l'académisme et la modernité. Exit les fêtes religieuses passées au temple, place à la télévision en couleurs et au réfrigérateur. Une famille presque parfaitement assimilée. Or le livre s'ouvre sur le rappel désagréable qu'ils ne le sont pas tout à fait. Ruben Blum devra accueillir un aspirant-professeur venu d'Israël, un certain Ben-Zion Netanyahou, au seul prétexte qu'il est le seul Juif de son université. "Ruben Blum vivait une existence pleine de complaisance, avec peu d’introspection sur son identité et ce qui la composait" explique Joshua Cohen, dont le personnage se questionne sur cette "idée d’allégeance à son peuple : qui sont les vôtres ? (…) Est-ce une identité raciale ou religieuse ? Une allégeance définie par la discipline de l’histoire ? Est-ce que les archives sont plus importantes que les détournements de l’histoire qu’on peut faire  pour des motifs politiques ?"

Le plongeon dans les recherches de Ben-Zion Nétanyahou est un moyen pour Joshua Cohen d'évoquer l'histoire du sionisme et ses courants variés. Notamment le "sionisme révisionniste" de Ben-Zion qui, plus tard, inspira la politique d'un certain Benyamin Nétanyahou, aux commandes d'Israël pendant douze ans. Puis, dans la deuxième moitié du livre, la rencontre entre les Blum et les "Yahou" donne à voir un choc des cultures entre les Juifs d'Israël et les Juifs de la diaspora américaine — une occasion de plus pour sonder l'identité particulière des juifs-américains. Comme l'explique Joshua Cohen : "Pour beaucoup de personnes de ma génération en Amérique — pas seulement les Juifs mais toutes les personnes qui occupent une position minoritaire même plus visible comme les afro-américains — il faut essayer de réconcilier cette idée des Lumières que l’Histoire est en progrès permanent, (…) avec une position minoritaire qui envisage la menace de l’oppression et de l’extermination à chaque coin de rue."

A mi-chemin entre le roman de campus et le roman historique, Joshua Cohen creuse sa page d'une encre humoristique corrosive et terriblement actuelle. Et ce alors que "Bibi" Nétanyahou ne quittait le poste de premier ministre qu'en juin 2021, après un règne ayant porté le sionisme révisionniste à son apogée.

En savoir plus : Sergueï Loznitsa, la caméra contre l’oubli

Extraits sonores

  • Interview de Harold Bloom sur "The Western Canon", son livre parut en 1994.
  • Saul Bellow : "La population urbaine américaine éprouve de la fascination pour la violence", Les Nuits de France Culture, France Culture, 18.10.2015
Références

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Thomas Beau
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Oriane Delacroix
Collaboration
Lucas Bretonnier
Collaboration