Carte du continent asiatique et européen
Carte du continent asiatique et européen ©Getty - samxmeg
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Le géopolitologue Frédéric Encel décrypte avec nous les grands bouleversements de l'équilibre des forces entre les plus grandes puissances mondiales, à l'occasion de son ouvrage "Les Voies de la puissance" (Odile Jacob, mars 2022).

Avec
  • Frédéric Encel Docteur HDR en géopolitique, professeur à l'ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris

Frédéric Encel est géopolitologue, maître de conférences à Sciences Po Paris et professeur de relations internationales et de sciences politiques à la Paris School of Business. Son nouvel ouvrage, Les Voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIe siècle, nous offre une réflexion sur l'ordre mondial au début du XXIe siècle et sur les grandes puissances mondiales, associant les champ militaire, géopolitique et idéologique. Il part du constat suivant : "Le concept de puissance, tout comme la notion de nation et de frontières, a mauvaise presse chez les progressistes en Occident", écrit-il dans l'introduction de son ouvrage. Frédéric Encel montre en quoi la puissance doit être réhabilitée, d'abord et avant tout en tant que force de dissuasion. "On confond la puissance et l'excès de puissance. La souveraineté sans la puissance est scélérate, on le voit bien avec l'Ukraine : elle aiguise l'appétit d'une puissance très importante" explique-t-il.

Après un mois de guerre en Ukraine, Frédéric Encel décrypte la puissance russe, grande puissance pauvre, mais aussi Etat révisionniste victime de l'Occident. "Dans les années 90, on a raté l'occasion de bâtir une architecture de la paix en Europe centrale et orientale. Parce que la Russie d'aujourd'hui se sent lésée, comme d'ailleurs la Turquie et la Chine, autres puissances révisionnistes. La Russie se sent lésée par la chute de l'URSS et l'OTAN, considérée par Poutine comme une alliance agressive. [...] Poutine met beaucoup de moyens militaires pour croquer ce qui lui semble devoir depuis toujours appartenir à la Grande Russie, à savoir l’Ukraine.

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Frédéric Encel analyse la politique de Poutine : "La dérive de Poutine n'est pas seulement autoritaire à l'intérieur, mais aussi aventuriste à l'extérieur. Il a Poutine a mésestimé ses adversaires à deux points précis : tout d'abord, il n’a pas su évaluer l’importance de la conscience nationale ukrainienne en développement, qui implique une résistance armée, y compris chez les Russophones. Il a mesestimé la capacité des Européens, il a considéré qu’ils étaient des décadents dévirilisés, qu’ils auraient peur de réagir, ne serait-ce que sur le plan économique et financier. Mais il s’est planté." 

La Russie conserve pourtant des atouts majeurs, parmi lesquels, et pas des moindres, la possession du premier arsenal atomique du monde. « On a peur de ce que pourrait faire la Russie. Vladimir Poutine cherche à nous faire peur : c’est la deuxième fois en moins d’un mois qu’il brandit l’arme nucléaire. Mais c'est l’une des traductions de la pauvreté d’une grande puissance. Une grande puissance pauvre utilise des leviers qui ne sont pas nécessairement décisifs, et si elle ne peut pas tenir face à un adversaire, elle sera plus tentée d’utiliser son joker, car elle n'a que ça face aux Européens ou Occidentaux. Mais même si Vladimir Poutine est moins pragmatique que ses vingt-deux dernières années de pouvoir, il ne s’inscrit pas dans une politique apocalyptique. Il ne va pas risquer de tout perdre pour obtenir un peu plus d'Ukraine ou de Moldavie."

La Chine pourrait-elle s'allier avec la Russie au sujet de la guerre en Ukraine ? Frédéric Encel nous assure : « La Chine ne soutiendra pas davantage Vladimir Poutine. La Chine n’a jamais signé de traité d’alliance avec la Russie, la Russie et la Chine ne sont pas alliées. La Chine a comme axiome diplomatique fondamental le respect de la sacro-sainte souveraineté fondamentale. Sur le plan économique, l'aventurisme poutinien va coûter très cher à l'économie chinoise."

L'Europe et l'Occident remodèlent leur puissance avec la guerre en Ukraine. "Monsieur Poutine vient de jeter dans le jardin européen une pierre de fondation. Allons-nous décider de construire une Europe puissante, créer une autonomie stratégique vis-à-vis des Américains ? Personnellement, je l'espère. On a des signes plutôt positifs en provenance de l'Allemagne, mais ce n'est pas encore fait." Frédéric Encel ajoute : "[Avec la guerre en Ukraine], les fondamentaux demeurent et demeureront, sauf pour l'Europe. L'Europe sera-t-elle, oui ou non, une Europe puissante ?"

27 min

Extraits sonores : 

  • Volodymyr Zelensky face au Parlement, France 2, 23 mars 2022

L'équipe

Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Production
Thomas Beau
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Oriane Delacroix
Collaboration
Lucas Bretonnier
Collaboration