"Scene Galante" de Giovanni Boldini (1842-1931)
"Scene Galante" de Giovanni Boldini (1842-1931)
"Scene Galante" de Giovanni Boldini (1842-1931) ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY / Contributeur
"Scene Galante" de Giovanni Boldini (1842-1931) ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY / Contributeur
"Scene Galante" de Giovanni Boldini (1842-1931) ©Getty - DEA PICTURE LIBRARY / Contributeur
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Résumé

Le paysage comme expérience sensible et politique, avec notre invité Jacques Rancière. L’auteur du "Maître ignorant" (1987) et du "Spectateur émancipé" (2008) publie aujourd’hui "Le Temps du paysage" (La Fabrique, février 2020).

avec :

Jacques Rancière (philosophe, professeur émérite à l'Université de Paris VIII (Saint-Denis)).

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La Révolution est ce temps où le paysage s’est imposé comme un objet de pensée spécifique, modifiant les modes de perception et les objets de pensée. Car on ne touche pas à la nature sans toucher à la société qui obéit à ses lois… C’est la thèse du philosophe Jacques Rancière, notre invité aujourd’hui.

Ce qu'il y a de monarchique dans les jardins, c'est qu'on les compose comme une oeuvre de volonté. (...) Il y a un orgueil national qui régit le paysage.          
(Jacques Rancière)

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Professeur émérite de l’université Paris VIII, il est l’auteur avec Louis Althusser de Lire Le Capital (1968), puis, en 1974, de La Leçon d'Althusser. S’étant notamment intéressé aux utopistes du XIXe siècle, - l’objet d'une thèse d'État intitulée La Nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier(1981) - il s’est aussi penché sur la question des exclus à travers leur parole et leur conquête du temps comme lieu de l’émancipation. 

Il publiait en février 2020, à La fabrique, Le temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique. Un essai qui revient sur l’entrée de l’art du jardin dans les Beaux-Arts et sur son rôle politique en tant qu’élément subversif. Les noms de Thomas Whately, qui avait publié à Londres ses Observations on Modern Gardening en 1770, et de Kant reviennent à plusieurs reprises dans cette entreprise de redéfinition des arts "libéraux", catégorie à laquelle appartient l’art des jardins, élevés au XVIIe siècle au rang de "Beaux Arts".

Comme la peinture imite la nature, la nature des jardins se veut un jeu de la terre et de l’eau, de l’air et de la lumière, le tout formant une véritable mise en scène. Surtout, la nature n’est plus seulement un modèle à imiter par les artistes, elle devient artiste elle-même.

La nature est une artiste qui n'est pas une artiste, elle ne veut rien posséder, ne veut imposer aucune image d'elle-même; elle veut laisser les choses s'organiser librement.          
(Jacques Rancière)

En outre, le modèle de liberté anglais s’oppose au modèle français cartésien, géométrique et monarchique, dont les jardins du château de Versailles, imaginés par Le Nôtre, sont un exemple typique.  Des termes comme "vastness", "intricacy" ou "ligne serpentine" servent de précepte à la composition du jardin. Le pittoresque, théorisé par William Gilpin et Uvedale Price, valorise la mise en scène de la nature par elle-même, soit, pour ainsi dire, une apparence de naturel. 

Le paysage s'oppose à l'ensauvagement d'une nature qui ne connaît pas de barrière ni de propriété.          
(Jacques Rancière)

Jacques Rancière revient aussi sur la période des enclosures et sur le despotisme de la propriété anglaise manifestée à travers les parcs. Car, écrit-il, "le bel espace libre des jardins améliorés a pour complément la barrière physique et symbolique qui exclut la population laborieuse." (p.101) Les paysans pauvres se voient ainsi retirer les droits d’usage des terrains, une dépossession rendue plus perceptible encore par l’extension et le remodelage des parcs autour des châteaux. Certains propriétaires éliminent les constructions qui offusquent leur vue, au point de raser les habitations alentour. Une pratique qui ne va pas sans son lot de pétitions et d’actions plus directes.

27 min

Extraits sonores : 

  • Pierre Grimal sur le jardin à la française (INA, 23/02/1954)
  • Peter Greenaway (Jardins, Paradis des artistes, Anne-Solen Douguet et Stéphane Bergouhnioux, 2017)
  • Michel Corajoud (Vidéo diffusée dans l'exposition ""La ville fertile : vers une nature urbaine", du 23 mars 2011 au 24 juillet 2011 à la Cité de l'architecture et du patrimoine)
Références

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Eric Lancien
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Marceau Vassy
Collaboration
Philomène Vuillard
Collaboration
Gilles Blanchard
Réalisation
Oriane Delacroix
Collaboration
Bruno Baradat
Production déléguée