Des soldats embarquent d'Alger à la France suite à la signature des Accords d'Evian le 18 mars 1962  ©Getty - Keystone-France / Contributeur
Des soldats embarquent d'Alger à la France suite à la signature des Accords d'Evian le 18 mars 1962 ©Getty - Keystone-France / Contributeur
Des soldats embarquent d'Alger à la France suite à la signature des Accords d'Evian le 18 mars 1962 ©Getty - Keystone-France / Contributeur
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Résumé

Elle questionne le silence de ceux qui ont vécu la guerre d'Algérie et la difficulté à faire surgir une parole lorsque les mots leurs manquaient ou qu'ils n'étaient pas interrogés. L'historienne Raphaëlle Branche est notre invitée.

avec :

Raphaëlle Branche (Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Nanterre).

En savoir plus

Raphaëlle Branche est professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Paris Nanterre. Elle est l’une des premières chercheuses à avoir mis en débat scientifique la violence de l’armée coloniale française et la torture érigée en système par la France pendant la guerre d’Algérie. 

Le silence, ce n'est pas simplement quelqu'un qui ne parle pas, c'est aussi parfois, des gens qui n'écoutent pas, des gens qui ne questionnent pas.        
(Raphaëlle Branche)

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Elle publie ainsi la première thèse sur le sujet, qui a donné lieu au livre La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), paru en 2001 aux éditions Gallimard. Une œuvre transgressive à l'époque, car s’attaquer au sujet des violences illégales de l’armée française était encore tabou.  

Cette douleur, même si elle est gardée cachée (…), peut irradier, se transmettre par des gestes, des mots, des attitudes, des relations aux autres, au monde (...) et marquer bien au delà de la personne qui a été d'abord concernée ou touchée.        
(Raphaëlle Branche)

Aujourd'hui, Raphaëlle Branche publie Papa, qu'as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial (La Découverte, septembre 2020), une recherche qui vise à comprendre les « structures de silence » ayant entouré la guerre d’Algérie. Les principaux intéressés ne sont  pas seulement des anciens appelés, jeunes à l'époque, mais bien leurs familles, unité d’analyse à part entière dont l'historienne recueille les témoignages. Les familles constituent en effet un objet d'histoire rarement identifié par les historiens du contemporain, alors qu'elles sont un lieu de construction de la mémoire et de la transmission.

Il m'a fallu créer ces sources, les inventer, c'est à dire, aller dans les familles françaises dont un des membres avait été soldat appelé en Algérie et les questionner, pas simplement sur le silence : la question, c'était les transmissions, ce qu'ils ont dit, ce qu'ils n'ont pas dit, ce qu'on leur a demandé, ce qu'on n'a pas osé leur demander.        
(Raphaëlle Branche)

L’ouvrage lui a valu le prix Augustin Thierry, qui valorise  des travaux d’histoire contemporaine.

La capacité à parler a à voir avec ce qu'une société et ce que les familles sont prêtes à entendre; en 1992, c'était le début, ça frémissait. Il va falloir attendre encore dix ans pour que vraiment quelque chose d'autre arrive.      
(Raphaëlle Branche)

27 min

Extraits sonores :

  • Témoignage de Gérard, 27 ans, ouvrier, marié, trois enfants dans Les max... anciens d’Algérie de Philippe Labro pour Cinq Colonnes à la Une le 2 février 1968
  • Documentaire “La guerre sans nom” de Bertrand Tavernier et Patrick Rotman 1991
  • Bernard Sigg (psychiatre et ancien d'Algérie) extrait de "Paroles de tortionnaires de Jean-Charles Deniau", 2002
Références

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Anouck Delfino
Collaboration
Thomas Beau
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Madeleine Martineu
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Jean Bulot
Collaboration
Félicie Faugère
Réalisation