Un paquet de cigarettes dont le prix augmente de 10% en 2020 pour décourager le tabagisme.
Un paquet de cigarettes dont le prix augmente de 10% en 2020 pour décourager le tabagisme.
Un paquet de cigarettes dont le prix augmente de 10% en 2020 pour décourager le tabagisme. ©Getty - SOPA Images
Un paquet de cigarettes dont le prix augmente de 10% en 2020 pour décourager le tabagisme. ©Getty - SOPA Images
Un paquet de cigarettes dont le prix augmente de 10% en 2020 pour décourager le tabagisme. ©Getty - SOPA Images
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Résumé

Les politiques publiques peuvent-elles s'adapter à notre nature humaine ? Doivent-elles nous manipuler pour le faire ? La chercheuse en sciences cognitives Coralie Chevallier et l'économiste Mathieu Perona explorent ces questions dans leur livre "Homo Sapiens dans la cité" (Odile Jacob).

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Coralie Chevallier (Chercheure en sciences cognitives et sciences comportementales, co-directrice du groupe Evolution and Social Cognition à l'ENS-PSL et chercheure INSERM au Laboratoire de Neurosciences Cognitives et Computationnelles).

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Bien que l'économie ait mis en avant un Homo œconomicus rationnel, l'humain est finalement partiellement irrationnel, mais selon des mécanismes cognitifs connus et donc prévisibles nommés biais comportementaux. Dans leur livre Homo Sapiens dans la cité : comment adapter l'action publique à la psychologie humaine, Coralie Chevallier, chercheuse en sciences cognitives et comportementales à l'ENS-PSL et l'Inserm, et Mathieu Perona, directeur exécutif de l'Observatoire du bien-être du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP), étudient comment l'évolution a conditionné nos comportements ainsi que le potentiel de ces biais comportementaux.

Ces mécanismes  – qui ont trait à la coopération, à la réputation, à la procrastination et à une série de plus petits réflexes cognitifs – peuvent être des freins à certains comportements individuels, mais ils constituent aussi des leviers d'action qui peuvent être utilisés pour influencer ces mêmes comportements. Comme l'explique Coralie Chevallier à titre d'exemple, "le poids de la complexité administrative est sous-estimé dans l'efficacité de l'action publique, or c'est un levier efficace pour améliorer l'accès aux droits financiers." Autre exemple, en Inde, l'économiste Esther Duflo a constaté que le fait de donner un sac de lentilles en échange de chaque injection suffisait à faire augmenter le taux de vaccination.

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Entre les mains des acteurs publics, ces biais cognitifs peuvent être des moyens de manipuler les individus pour leur bien et pour le bien commun. Ces pratiques sont particulièrement utiles dans le domaine de la santé publique (tabagisme, vaccination, alcoolisme, don de sang, etc…), de l'éducation et de l'environnement. Par rapport à la vaccination, Coralie Chevallier précise que, parmi les outils comportementaux testés, deux fonctionnent : "le premier, c'est la simplification du parcours usager, de la prise de rendez-vous à l'inscription automatique pour un deuxième rendez-vous, et le deuxième, c'est convaincre. Ceux qui hésitent ont des raisons d'hésiter et il faut prendre le temps de la pédagogie." Les messages et images de prévention des effets à long terme du tabagisme ajouté aux paquets de cigarettes sont un exemple de politique publique ayant recours aux outils comportementaux. Mathieu Perona précise que "ce que fournissent les sciences cognitives, c'est un cadre pour mieux repérer l'utilisation des raccourcis de l'esprit humain. On peut se demander : est-ce que cette utilisation est légitime ou pas ? Est-ce qu'elle sert mon propre intérêt ou pas ?".

En effet, mis entre les mains de mauvais acteurs, ces biais peuvent-ils devenir une forme de paternalisme et avoir des conséquences néfastes sur les individus ? Coralie Chevallier et Mathieu Perona détaillent aussi qu'à partir du moment où les outils comportementaux sont utilisés intentionnellement à l'encontre de l'intérêt des individus, cela cesse d'être éthique. Les acteurs publics ont ainsi une responsabilité supplémentaire à l'égard des citoyens : réguler l'utilisation des biais comportementaux, même si ,"quand on règlemente, on essaye aussi d'influencer le comportement des citoyens dans une certaine direction," rappelle Coralie Chevallier. Pour exemple, Mathieu Perona cite les périodes dites de friction, en particulier la période d'attente obligatoire après l'achat d'une arme à feu instaurée aux Etats-Unis qui empêche les achats impulsifs. Cela a permis une réduction du nombre d'incidents par arme à feu.

En savoir plus : La boîte à souvenirs de J. Hadjithomas & K. Joreige

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