Le corps féminin enferme-t-il ou libère-t-il ?

Des femmes participant à une action des Femen devant le Ministère de la justice à Madrid (Espagne) le 11 juin 2021
Des femmes participant à une action des Femen devant le Ministère de la justice à Madrid (Espagne) le 11 juin 2021 ©Getty - Europa Press News / Contributeur
Des femmes participant à une action des Femen devant le Ministère de la justice à Madrid (Espagne) le 11 juin 2021 ©Getty - Europa Press News / Contributeur
Des femmes participant à une action des Femen devant le Ministère de la justice à Madrid (Espagne) le 11 juin 2021 ©Getty - Europa Press News / Contributeur
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La philosophe Camille Froidevaux-Metterie propose de passer du corps comme lieu d'aliénation au corps comme vecteur d'émancipation dans son dernier essai : "Un Corps à soi" (Seuil, 2021).

Avec
  • Camille Froidevaux-Metterie philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne

Camille Froidevaux-Metterie est philosophe et professeure de sciences politiques à l’université de Reims Champagne Ardennes. Après des essais comme La Révolution du féminin (Réédition Folio Essais, 2020), Le Corps des femmes (Philosophie Magazine Editeur, 2018), Seins : en quête d’une libération (Anamosa, 2020), elle publie Un corps à soi (Seuil, 2021). Un essai qui propose de repenser un angle mort de la lutte féministe : le corps féminin. A qui appartient-il ? Comment se le réapproprier ? 

Cette corporéité féminine - longtemps évincée du débat parce que "consubstantiellement liée" à la domination masculine - retrouve sa légitimité sous la plume de l'essayiste, qui invite à une révolution positive du regard : passer du corps comme lieu d'aliénation au corps comme vecteur d'émancipation.

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Les sujets dont les féministes se saisissent depuis une dizaine d’année concernent le script sexuel dominant hétéronormé, les violences gynécologiques et obstétricales, les violences sexistes et sexuelles, c’est-à-dire la vie intime et sexuelle des femmes. C’est-à-dire, aussi, ce qui avait d’une certaine façon échappé à la prise féministe. (Camille Froidevaux-Metterie)

A partir des travaux de Simone de Beauvoir sur le corps aliénant et émancipateur, ainsi que de ceux de Iris Marion Young, qui articule cette position avec l’apport des études de genre, l’auteure explore les trois grands domaines où le "drame féminin" peut être déjoué : l’apparence, la sexualité et la maternité. 

J’ai repris le déroulé quasi biographique d’une vie féminine pour m’arrêter à chaque fois à des nœuds phénoménologiques. Tous ces moments dans la vie des femmes où une transformation produit un bouleversement intime, existentiel, mais a aussi des répercussions sociales de changement dans les représentations et produit des aspirations à une revendication politique. (Camille Froidevaux-Metterie)

Ces enjeux ont des échos très actuels, comme la polémique du crop top ou du no bra dans les lycées. 

C'est comme si, à chaque fois, ça rappelait aux filles cette condition de leur disponibilité sexuelle. Cela dit aux jeunes filles : être un corps féminin, c'est devoir faire chaque jour avec cette nécessité d’être regardée, et ce que ça implique d'objectivation et de violence. (Camille Froidevaux-Metterie)

Pour aller plus loin : 

La Grande Table culture
28 min

Extraits sonores: 

  • Simone de Beauvoir / Actualité du livre, RTF / 1949
  • "Le crop top" (France Culture, Les pieds sur terre, 13.10.20_)_
  • Houda Benyamina / Festival de Cannes pour Divines (Camera d'or 2016) 

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