Des migrants le 29 août 2015 près de Szeged (Hongrie)
Des migrants le 29 août 2015 près de Szeged (Hongrie) ©Getty - Matt Cardy / Intermittent
Des migrants le 29 août 2015 près de Szeged (Hongrie) ©Getty - Matt Cardy / Intermittent
Des migrants le 29 août 2015 près de Szeged (Hongrie) ©Getty - Matt Cardy / Intermittent
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Le franchissement des frontières permet-il de se réinventer ? Abnousse Shalmani, romancière et journaliste, y répond dans son essai "Éloge du métèque" (Grasset, octobre 2019).

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Dans son Eloge du métèque ( Grasset, 2019), la journaliste et romancière Abnousse Shalmani interroge l'histoire de ce mot "métèque" qui fait vaciller les identités nationales et les cases identitaires. Celle qui, venue d'Iran à l'âge de huit ans, se décrit comme dépourvue de racines, témoigne de l'impossibilité à définir le "métèque". Cette figure est préférée par l'auteur à celle de l'immigré ou de l'étranger en ce qu'elle raconte le métissage qui caractérise toute culture. Si la place du métèque est "la plus difficile", l'écrivain célèbre d'autre part la liberté qui le définit.

Le métèque est en rupture avec son pays d'origine, inévitablement, avec sa communauté d'origine, et il ne tient pas dans son pays d'adoption. C'est vraiment la seule définition que je peux trouver : il est une liberté qui flotte.            
(Abnousse Shalmani)

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Le métèque devient une insulte avec Maurras : [...] il est tout ce qui ne désigne pas la France pure.          
(Abnousse Shalmani)

Posant les jalons d'une histoire intellectuelle et subjective de la "métèquerie", l'auteur de Khomeiny, Sade et moi (Grasset, 2014) nous raconte Romain Gary, Chaïm Soutine ou Salman Rushdie. Elle témoigne du "jeu de dupes" dans lequel est pris l'étranger, partout où il va. Il est selon elle l'objet d'un malentendu, en France et partout ailleurs. Par où il passe, il ne peut engendrer que la pitié, ou la peur, mais il représente aussi une incroyable réinvention de soi.

Abnousse Shalmani entrecroise dans son essai les figures de métèque avec son histoire personnelle. Elle évoque son enfance iranienne, puis parisienne, qui cohabite farouchement avec la langue française. Elle rend également hommage à Martin Eden, le roman de Jack London qui met en scène un étranger, un transfuge social, aux prises avec le monde nouveau et bourgeois qu'il rencontre.

Rappelons-nous que l'immigration est toujours très dure, au début, et à la fin, une chance [...] Posez-nous, à nous immigrés, des questions ; on nous a mal accueillis, on nous a donné des papiers, on n'a pas accès à la langue [...] C'est beaucoup plus complexe que ça, il faut généraliser l'accès à la langue, il faut généraliser l'accès à la culture, pour qu'on vive mieux.    
(Abnousse Shalmani)

En savoir plus : Bravo Spirou
28 min

Extraits sonores : 

  • Romain Gary au sujet de La Danse de Gengis Cohn ("Six jours six questions", 2 octobre 1967)
  • Le port du voile en France (BFM TV, octobre 2019)

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
François Bréus
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Maja Neskovic
Production déléguée
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Gilles Blanchard
Réalisation
Oriane Delacroix
Collaboration
Sophie Marty
Collaboration