Fil barbelé
Fil barbelé ©Getty -  Busà Photography
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Primo Levi aurait eu cent ans cette année. A travers les lectures et relectures de ses oeuvres, que peut-on déduire de la force du récit aujourd’hui? On en parle avec Philippe Mesnard, professeur de littérature comparée et auteur de "Primo Levi. Le Passage d’un témoin" (Fayard, coll. Pluriel, 2019).

Avec
  • Philippe Mesnard Professeur de littérature comparée et de littérature française. Il dirige l’équipe « Littérature 20/21 » et l’axe transversal : « La transmission entre expérience et savoir » au CELIS 4280. Il est notamment responsable du projet de l’Encyclopédie critique

De sa libération du camp de Monowitz en 1945 à sa mort le 11 avril 1987, retour sur la figure de Primo Levi et sur son rôle clé dans l’entreprise de témoignage après la Shoah. Notre invité pour en parler est Philippe Mesnard, professeur des Universités en littérature générale et comparée à l’ Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Il travaille sur Primo Levi depuis 2002 et lui a consacré plusieurs ouvrages, dont Primo Levi. Le Passage d’un témoin (Fayard, 2011), prix de la biographie du Point et de de l’Académie française en 2012, réédité dans la collection Pluriel_._

L'écriture n'est pas forcément salvatrice, elle dédouble la douleur. Et la réception du livre n'a pas été facile, la société italienne n'a pas démontré à Primo Levi que des leçons du témoignage avait été tirées pour rendre la société plus humaine.           
(Philippe Mesnard)

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Revenant notamment sur des œuvres phare, à commencer par Si c’est un homme (1947) et sa difficile publication à l’époque, il montre que Primo Levi est passé d’être un rescapé étranger à Turin, la terre natale dont il avait été arraché par l’internement, à un témoin officiel consacré et écouté, au sommet de sa célébrité dans les années 1980, moment où il sent également poindre la vieillesse – la sienne et celle de sa mère malade- et où les souvenirs difficiles refont surface avec plus d’acuité.

Son besoin d’écrire évolue au gré de son parcours. De la nécessité d’écrire des poèmes à son retour de camp, puis dans son retour à la vie grâce à son amour pour Lucia Morpugo, une rencontre réparatrice après la perte, lors de la sélection d’octobre 1944, de sa très regrettée Vanda Maestro, il se fait la voix du témoin respectant le souvenir des morts autant qu’il interpelle les vivants sur la nécessité de ne jamais oublier. 

Primo Levi ne témoigne pas pour les morts, mais il témoigne aussi pour les morts. Il écrit pour les résistants, pour les rescapés, mais il finit par écrire  pour transmettre. La transmission devient l'un des grands principes de son écriture.           
(Philippe Mesnard)

En outre, la réécriture de Si c’est un homme, pour la radio puis pour le théâtre, dans les années 1960 lui fait reconsidérer son oeuvre d’un œil neuf et revenir notamment sur le concept de "zone grise", véritable gageure qu’il développe notamment dans Les Naufragés et les rescapés et où il montre toute l’ambivalence de la vie au camp, dont l’une des spécificités pouvait résider dans la collaboration entre victimes et bourreaux, bien souvent au détriment des premières.  

Avant sa mort, par suicide supposément, Primo Levi revient sur sa conception de l’écriture : aux répétitions inlassables des mêmes discours et des mêmes mots qu’implique sa responsabilité de témoin, il préfère valoriser sa littérature –l’écriture du témoignage étant inséparable, pour lui, de la démarche littéraire- et son expérience personnelle. 

Le centenaire de sa naissance est l'occasion de revenir sur son oeuvre complexe et sur son parcours, en partenariat avec le Centre Primo Levi et l'événement "Dire l’indicible Primo Levi, la force du récit".

28 min

Extraits sonores : 

  • Charles Conreau ("Provenchères, Charles, Jean et Primo Lévi", 31 mai 1991)
  • Jean Samuel ("Provenchères, Charles, Jean et Primo Lévi", 31 mai 1991)
  • Rachel Rosenblum dans l'émission « Tire ta langue » en 2004 sur France Culture
  • Rita Levi Montalcini (Du côté de chez Fred, 15 juin 1989)

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
François Bréus
Collaboration
Eric Lancien
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Maja Neskovic
Production déléguée
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Gilles Blanchard
Réalisation
Oriane Delacroix
Collaboration
Sophie Marty
Collaboration