24 octobre 1949 : María Eva Duarte de Perón et son mari Juan Domingo Perón, à l'occasion du quatrième anniversaire du gouvernent Perón
24 octobre 1949 : María Eva Duarte de Perón et son mari Juan Domingo Perón, à l'occasion du quatrième anniversaire du gouvernent Perón  ©Getty -  Keystone / Intermittent
24 octobre 1949 : María Eva Duarte de Perón et son mari Juan Domingo Perón, à l'occasion du quatrième anniversaire du gouvernent Perón ©Getty - Keystone / Intermittent
24 octobre 1949 : María Eva Duarte de Perón et son mari Juan Domingo Perón, à l'occasion du quatrième anniversaire du gouvernent Perón ©Getty - Keystone / Intermittent
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Il s'intéresse à la théorie manquante du "populisme", une culture politique originale qu'il convient d'analyser de manière critique : Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France et auteur de l'essai "Le siècle du populisme" (Seuil, 2019), est notre invité.

Avec
  • Pierre Rosanvallon historien, titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France

Le mot "populisme" est partout, mais la théorie n’est nulle part : objet d’un flottement sémantique, c’est un mot caoutchouc, paradoxal, à connotation positive et négative, un mot écran, qui permet de mettre une étiquette unique sur tout un ensemble de mutations. Le mot "populisme" est tout ça à la fois, et c’est précisément pour cela qu’il est important aujourd’hui de résister aux amalgames simplificateurs dans lesquels on aurait tendance à l'enfermer.

[Le terme "populisme"] est une façon de stigmatiser des adversaires sans qu’on soit capables de dire précisément de quoi il s’agit ; […] c’est une dénomination qui met un voile de flou.            
(Pierre Rosanvallon)

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C’est ce que montre Pierre Rosanvallon, notre invité. Professeur au Collège de France, où il est titulaire de la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique, il préside la République des Idées, atelier qui publie ses livres en coédition avec les éditions du Seuil, et dirige au sein de cette dernière la collection Les livres du nouveau monde.  Dans son nouvel essai, Le siècle du populisme (Seuil, 2019), il prône de ne pas renoncer à l’usage du mot populisme, qu’il dit incontournable dans sa confusion même. En lui se manifeste un besoin ressenti d’utiliser un nouveau langage pour qualifier une dimension inédite du cycle politique ouvert au tournant du XXIème siècle, caractérisé par une attente sociale de revitalisation du projet démocratique et par le désir d’une souveraineté plus active du peuple.

Il faut distinguer le populisme et l’atmosphère populiste dans laquelle nous sommes […], une atmosphère dégagiste qui voit, grosso modo, dans le changement le fait de renverser la table et d’espérer qu’un leader va tout solutionner.      
(Pierre Rosanvallon)

Le terme est en outre revendiqué par les responsables politiques que voulaient clouer au pilori ceux qui l’utilisaient de façon dénonciatrice, à l’exemple de Jean-Luc Mélenchon et de son fameux "Populiste, moi ? J’assume !",  des mots prononcés lors d’une interview donnée à l’Express le 16 septembre 2010. De plus, un certain nombre d’intellectuels sont devenus les avocats d’un "populisme de gauche", les Wendy Brown, Nancy Fraser, Ernesto Laclau et Chantal Mouffe

Il ne faut pas confondre le populisme avec le totalitarisme : le totalitarisme est une pathologie de la démocratie mais n'est pas de même nature.    
(Pierre Rosanvallon)

En dépit d’une production théorique croissante, nous dit Pierre Rosenvallon, les populismes n’ont pas encore été analysés dans leur pleine dimension de culture politique originale à l’origine d’une redéfinition de notre cartographie politique. Il se propose donc de faire une première esquisse de cette théorie manquante en allant puiser à la racine, ce qui implique de reconnaître l’idée populiste comme l’idéologie ascendante du XXIème siècle. 

S'intéressant tant à l’anatomie du populisme qu’à certains aspects de son histoire, notamment dans sa partie latino-américaine, Pierre Rosanvallon montre que, en fin de compte, il faut bel et bien prendre le populisme au sérieux, non pas pour le stigmatiser, mais pour le comprendre et en proposer des alternatives. Surtout, la démocratie est un travail permanent à accomplir, un laboratoire d’expériences et un régime qui ne cesse de s’interroger sur lui-même. Et c’est au prix de cette lucidité et de cet effort que, selon lui, le projet populiste perdra de son attrait pour des émotions authentiquement démocratiques.

Il  y a une indétermination consubstantielle à la démocratie : si la démocratie donne la souveraineté au peuple, le problème est de savoir quelles sont les formes de cette souveraineté.    
(Pierre Rosanvallon)

28 min

Extraits sonores : 

  • Ernesto Laclau, "What is populism?" (KadistParis, **"**ENACTING POPULISM", 2012)
  • Donald Trump lors d'un meeting dans l'Iowa le 23 janvier 2016 (COURRIER INTERNATIONAL, 24/01/2016)
  • Clips promotionnels de Boris Johnson lors des législatives du 12 décembre 2018

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Jean-Christophe Brianchon
Production déléguée
Eric Lancien
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Gilles Blanchard
Réalisation
Oriane Delacroix
Collaboration