Etgar Keret à Varsovie (Pologne) le 22 octobre 2014.
Etgar Keret à Varsovie (Pologne) le 22 octobre 2014.
Etgar Keret à Varsovie (Pologne) le 22 octobre 2014. ©Getty - Gallo Images / Contributeur
Etgar Keret à Varsovie (Pologne) le 22 octobre 2014. ©Getty - Gallo Images / Contributeur
Etgar Keret à Varsovie (Pologne) le 22 octobre 2014. ©Getty - Gallo Images / Contributeur
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Résumé

Lui qui, avant la crise du Covid-19, disait ne pas comprendre le monde qui l'entoure semblait comme un poisson dans l'eau en confinement. Etgar Keret, co-scénariste de la série Arte "L'agent immobilier" et auteur du recueil "Incident au fond de la galaxie" (Editions de l'Olivier), est notre invité.

avec :

Etgar Keret (Ecrivain, scénariste et réalisateur).

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Écrivain, auteur de bandes dessinées et cinéaste israélien, Etgar Keret est notre invité aujourd'hui. Avec sa femme Shira Geffen, il co-scénarise la série L’Agent immobilier diffusée sur Arte depuis le 7 mai (en intégralité, du 30 avril au 5 juin, sur arte.tv). 

Un virus s'attaque toujours aux parties les plus fragiles : les pays où la démocratie n'était pas en danger précédemment ne seront pas en danger aujourd'hui, mais pour les pays où la démocratie était faible,  cela va créer de la peur, et la peur va se transformer en haine.            
(Egar Keret)

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Etgar Keret vient également de faire paraître Incident au fond de la galaxie (Editions de l'Olivier, mars 2020), un recueil de nouvelles mêlant humour noir, tragique, absurde ou encore nostalgie. Un mélange des registres caractéristique de celui que l'on considère comme le chef de file de la jeune littérature israélienne, mais aussi comme un enfant terrible du pays. Israël s'est livré à un déconfinement progressif face à une épidémie qui, nous dit Keret, n'impressionne pas outre mesure, ses habitants étant notamment habitués aux bombardements.  

Pour moi, la vie n'a pas vraiment changé : la plupart du temps, je suis chez moi, seul avec mes pensées. Quand je pars me promener, c'est à pied (…) Cette période d'isolement aide l'humanité à voir, tout simplement, comment je vis, moi.                
(Etgar Keret)

Confiné à Tel Aviv, celui qui dit déjà vivre une existence de confiné au quotidien ne semble pas attendre de grands changements de l'après-crise. Marqué par l'expérience de la paternité – en témoigne le recueil Sept Années de bonheur (Editions de l'Olivier, 2014), qui va de la naissance de son fils à la mort de son père-, il confie que c'est en devenant père qu'il a réalisé ne rien comprendre au monde qui l'entoure.  

En raison de la force d'inertie de la vie qui était adulée, les gens ont besoin de se raconter une nouvelle histoire à eux-mêmes, de se recréer eux-mêmes.                
(Etgar Keret)

En décalage dans son pays – L'Agent immobilier a été tourné en Belgique car considéré comme trop avant-gardiste en Israël -, peut-être même d'un point de vue existentiel, Etgar Keret fait la part belle à la poésie et à une forme de fantastique dans son oeuvre. En témoigne la figure du poisson rouge, récurrente dans son travail : dans Incident au fond de la galaxie, la nouvelle "Nuit" nous le montre quittant son bocal pour regarder la télévision jusqu'à quatre heures du matin ; dans L'Agent immobilier, il permet à Olivier, le personnage principal incarné par Mathieu Amalric, de voyager dans le temps. 

Capable d'exaucer des vœux mais confiné dans son bocal sans jamais atteindre l'océan, le poisson rouge, nous dit Etgar Keret, métaphorise notre condition humaine. Un rapprochement plus qu'à propos pendant cette crise du Covid-19 ?

Je n'ai jamais réussi à imaginer ma mort...(…) Ma peur, ce n'est pas de mourir, mais d'arrêter de respirer. Je suis né asthmatique et mes premières expériences de vie sont avec mes parents qui m'emmènent aux urgences suite à une attaque d'asthme. (…) Le coronavirus m'a rappelé ce traumatisme. A cause de ça, je me dis que si un piano me tombe dessus, je mourrai avec un sourire, mais que si je n'ai plus d'air, je vais vraiment souffrir.                  
(Etgar Keret)

Loufoque et désabusée, l'oeuvre d'Etgar Keret est souvent qualifiée de kafkaïenne. Une formulation dans laquelle il semble bien se retrouver :

J'ai grandi avec une éducation israélienne où les écrivains sont considérés comme des surhommes capables de faire ce que le reste de l'humanité n'est pas capable de faire. Avec Kafka, j'ai découvert quelqu'un d'encore plus incompétent que le lecteur ; il échoue. Quand il partage avec nous ses expériences d'échec, je m'identifie à lui. La vie, c'est un jeu auquel nous allons tous échouer. A la fin, personne n'en sortira vivant.      
(Etgar Keret)

A noter que Les Journaux de Kafka sont parus aux éditions Nous en janvier 2020, dans une première traduction intégrale que nous devons à François Kahn, récemment décédé.

Extraits sonores : 

  • Robert Kahn à propos de l'oeuvre de Kafka (France Culture, la Compagnie des poètes, 21/02/2020)
  • "Radioactivity", extrait du concert de Kraftwerk à l'auditorium de la Fondation Louis Vuitton en 2014
Références

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Marceau Vassy
Collaboration
Philomène Vuillard
Collaboration
Oriane Delacroix
Collaboration