L'écrivain espagnol Javier Cercas à Monza (italie), le 20 mars 2016
L'écrivain espagnol Javier Cercas à Monza (italie), le 20 mars 2016
L'écrivain espagnol Javier Cercas à Monza (italie), le 20 mars 2016 ©Getty - Leonardo Cendamo / Contributeur
L'écrivain espagnol Javier Cercas à Monza (italie), le 20 mars 2016 ©Getty - Leonardo Cendamo / Contributeur
L'écrivain espagnol Javier Cercas à Monza (italie), le 20 mars 2016 ©Getty - Leonardo Cendamo / Contributeur
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Résumé

De la grippe espagnole au lien entre crise et création littéraire, l'écrivain espagnol Javier Cercas nous livre son point de vue sur la crise du Covid-19. Il est notre premier invité pour ce retour de La Grande table Culture à l'heure du déconfinement.

avec :

Javier Cercas (Ecrivain).

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La Grande table Culture revient, en direct, à distance et dans le respect des consignes de confinement, avec une semaine spéciale dédiée à la littérature étrangère. Cinq entretiens exceptionnels avec des auteurs de la scène littéraire internationale : Javier Cercas, Philippe Sands, Cristina Comencini, Etgar Keret et Scholastique Mukasonga. 

Parce qu’il est plus important que jamais d’entendre les grandes voix des écrivains du monde, par-delà les confinements, cette programmation est réalisée dans le cadre du partenariat de France Culture avec Les Assises internationales du Roman. Ce festival littéraire, conçu et imaginé par la Villa Gillet de Lyon, se tiendra du 11 au 17 mai 2020, sous forme virtuelle : avec des entretiens vidéo, des textes inédits, des lectures par des comédiens de grands auteurs venant du Mexique, de Chine, des États-Unis, de Turquie, et de toute l’Europe.  

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Alors que l'Espagne déplore plus de 25 000 victimes, malgré un confinement parmi les plus sévères à avoir été appliqués, mais arrivé trop tard, le pays applique un déconfinement progressif : les enfants, dès le 26 avril, puis les adultes à leur tour ont ainsi retrouvé le droit de sortir dans la rue, dans le respect de limites qui restent strictes.

Souvent, ce qui est bon pour la vie, est mauvais pour la littérature, et ce qui est mauvais pour la vie est bon pour la littérature. (...) La nourriture de l'écrivain est dans les conflits, dans les crises.                  
(Javier Cercas)

S'il ne critique pas ces limites comme l'ont fait d'autres écrivains espagnols – pour exemple, la tribune de Javier Marías, "Nos politiciens sont médiocres et irresponsables" (L'Obs, 13 avril 2020) – et s'il défend les mesures de restriction prises par le gouvernement tant qu'elles restent temporaires et utiles à la lutte contre l'épidémie du Covid-19, Javier Cercas s'inquiète des conséquences à venir d'une telle crise. Notamment sur l'avenir de l'Europe, qu'il qualifie de seule "utopie raisonnable" pour nos démocraties et nos droits.

Le gouvernement espagnol a commis des erreurs, mais ce n'est pas le moment de discuter de ça. C'est plutôt le moment de rester ensemble. Une fois la crise finie, on pourra critiquer et changer de gouvernement s'il perd les élections.                  
(Javier Cercas)

Surtout, s'il reconnaît la gravité de la crise, l'auteur des Soldats de Salamine et du Monarque des Ombres y voit l'opportunité, pour la littérature, de donner un sens après-coup, lorsque la bataille aura pris fin et que la poussière sera retombée. 

Confiné chez lui à Verges (Barcelone), il travaille actuellement à l'écriture du deuxième tome de Terra Alta__, le roman qui lui a valu le 68e Prix Planeta, le plus richement doté de la littérature en langue espagnole. Le premier tome, sa dernière publication en date, relatait l'enquête d'un policier en Catalogne après les attentats meurtriers d'août 2017. 

Cette crise du Covid, si elle n'était pas une catastrophe collective, serait une bénédiction personnelle : j'ai tout mon temps pour écrire, pour lire, ce qui est ma vocation. Ce n'est pas la même chose d'être confiné par vocation, parce que c'est ton métier d'écrivain, que par obligation.                  
(Javier Cercas)

Un roman qui, s'il n'en fait pas son sujet principal, évoque immanquablement la crise catalane qui a touché l'Espagne en 2017, année au cours de laquelle un référendum jugé illégal par le pouvoir central espagnol était organisé pour permettre à la population catalane de voter pour ou contre l'indépendance de la région. Selon Javier Cercas, cette crise fratricide opposait les membres d'un même pays. De ce fait, il estime qu'elle l'a plus atteint que ne le fait la crise actuelle du Covid-19.

Néanmoins, la lutte contre le virus, ajoute-t-il, nous révèle un peu plus nos fragilités. L'occasion, peut-être, d'une prise de conscience ?

On a cru avec un optimisme téméraire que l'on était protégés par la science, la technologie de ce virus. Il était du domaine de l'imagination, du domaine médiéval... (...) On découvre aujourd'hui notre fragilité totale.                  
(Javier Cercas)

Pour retrouver le bonheur, Javier Cercas nous donne son conseil de lecture : le philosophe Clément Rosset, auteur de La Force majeure (1983), qui met au centre de son oeuvre la joie de vivre.  

Extraits sonores : 

Références

L'équipe

Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Olivia Gesbert
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Henri Le Blanc
Collaboration
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Oriane Delacroix
Collaboration