"Le portrait d'un marin inconnu" d'Antonello de Messine
"Le portrait d'un marin inconnu" d'Antonello de Messine
"Le portrait d'un marin inconnu" d'Antonello de Messine ©Getty - Molteni Motta
"Le portrait d'un marin inconnu" d'Antonello de Messine ©Getty - Molteni Motta
"Le portrait d'un marin inconnu" d'Antonello de Messine ©Getty - Molteni Motta
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Résumé

Un tableau du peintre sicilien Antonello de Messine représente un homme (peut-être est-ce un marin...) qui sourit. S'agit-il du premier sourire de l'histoire du portrait ? Ou est-ce la Joconde ?

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Aujourd'hui nous contemplons le portrait d'un homme, peint au 16ème siècle et à l'huile sur bois. Le tableau est d'une taille assez réduite, à peine plus grand qu'une feuille A4. Il est l'œuvre d'un peintre sicilien qui a vécu pendant la deuxième moitié du quattrocento : Antonello de Messine

On peut l’admirer au musée Mandralisca de Cefalu dans la province de Palerme. Il n'a pas de titre officiel, mais on l'appelle souvent « Portrait d'un marin inconnu ». Car l’identité de l'homme d'âge moyen qui est peint sur un fond noir est longtemps restée mystérieuse… mais ce n’est pas le nom propre de l’homme qui va nous importer aujourd’hui. Parfois, on donne aussi à l’œuvre un titre hugolien : « L'Homme qui rit ». Car le portrait nous offre la grande particularité de représenter un homme qui sourit.
 

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La voix et la pensée rapides de l’historien d’art Daniel Arasse qui, au détour d'un exposé sur la Joconde, évoque ce fameux portrait d'Antonello de Messine. Il nous révèle ainsi l'existence d'une compétition pour savoir qui le premier a représenté et inventé le sourire en peinture. C'est une question passionnante, à laquelle on ne réfléchit pas assez : l'art du portrait, jusqu'au 16ème siècle, représente des figures sérieuses, à la bouche irrémédiablement droite. Le portrait, avant le tournant de ce siècle est un art tantôt religieux, politique, solennel, glorieux, ou mystique. Et tous ces adjectifs, sans exceptions, ne tolèrent pas le sourire. Le portrait du marin inconnu sourit non pas du sourire des saints ou des bienheureux, mais à la manière simple d’un quidam, d’un homme du peuple.
 

Antonello de Messine aurait donc, le premier, peint une figure qui sourit avant le grand Léonard de Vinci lui-même. Cependant, Daniel Arasse, dans l'archive que l'on vient d'entendre, estime que Messine n'invente pas le sourire, mais simplement le rictus. C'est peut-être alors pour cette raison que le musée de Cefalu qualifie le tableau sur son site internet de "deuxième sourire le plus célèbre au monde", alors qu'il a précédé la Joconde dans le temps. Injustice de l'histoire, et guerre des inventions. Sourire ou rictus ? Il est difficile de trancher.
 

On peut estimer que Daniel Arasse juge un peu sévèrement et rapidement ce portrait d'inconnu : le sourire en serait raté, dit-il. Regardons donc à nouveau le tableau d’Antonello de Messine. On y voit l'homme qui rit sourire. Presque impassiblement. Après quelques instants de contemplation, on peut appréhender ce qu’a peut-être voulu dire Daniel Arasse : le sourire de l'homme peint par l'artiste sicilien semble en effet forcé, comme dans un rictus. La bouche accuse un pli un peu tordu sur son coin gauche. L’œil et le sourcil gauches suivent d'ailleurs ce mouvement de relève vers le haut du visage, en une drôle et fascinante expression. Tout se passe comme si le supposé marin se forçait à sourire, comme s'il posait, amusé et interloqué, pour une très ancienne, et donc très émouvante, photographie.