Lord David Cecil (à gauche) et Thomas Stearns Eliot en 1923
Lord David Cecil (à gauche) et Thomas Stearns Eliot en 1923 - Lady Ottoline Morrell
Lord David Cecil (à gauche) et Thomas Stearns Eliot en 1923 - Lady Ottoline Morrell
Lord David Cecil (à gauche) et Thomas Stearns Eliot en 1923 - Lady Ottoline Morrell
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T.S. Eliot a composé pendant la Seconde Guerre mondiale une série de quatre poèmes "Les Quatre Quatuors". Le dernier d'entre eux "Little Gidding" est une réflexion sur les fins, les cycles du temps et l'histoire de la Grande-Bretagne.

Donald W. Winnicott a déposé en exergue de son autobiographie les quatre vers suivants :

Ne coûtant rien de moins que tout  
...

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Ce que nous nommons le commencement est souvent la fin  
Faire une fin c’est commencer.  
La fin est là dont nous partons.

Ces vers simples et beaux sont signés du poète américano-anglais Thomas Stearns Eliot, prix Nobel de littérature 1948, et que Winnicott admirait particulièrement. Ces quatre vers sont extraits de deux passages de la cinquième section du poème Little Gidding, qui est la quatrième partie d'un ensemble au titre musical : Les Quatre Quatuors, en anglais The Four Quartets. Une œuvre brève, dense, qui pioche dans l'histoire des formes, et dans celle de l'Angleterre. Des textes publiés par un poète malade, et dans une période noire : l'année 1943.

Chacun des quatre poèmes des quatre Quatuors porte le nom d'un lieu de la Grande-Bretagne. Little Gidding, c'est aujourd'hui un village du Cambridgeshire qui compte quelques centaines d'habitants. Ce fut aussi le nom d'une communauté anglicane fervente, emmenée par le pasteur Nicholas Ferrar. C'est donc le nom d'une déchirure de l'histoire anglaise, avant la guerre civile du XVIIe siècle.

T.S. Eliot nous offre avec The Little Gidding  une méditation sur l'histoire et les cycles du temps, où la fin et le commencement ne font qu'un. Ce quatuor n°4 est le poème du quatrième élément : le feu, et de la quatrième saison : l'hiver. Un texte du chaud et du froid donc, et dont la conclusion est splendide. Extrait :

Nous ne cesserons pas notre exploration  
Et le terme de notre quête  
Sera d'arriver là d'où nous étions partis  
Et de savoir le lieu pour la première fois.  
A travers la grille inconnue remémorée  
Quand le dernier morceau de terre à découvrir  
Sera celui par quoi nous avions commencé ;  
A la source du plus long fleuve  
La voix de la cascade celée  
Et les enfants dans le pommier  
Non sus parce que non cherchés  
Mais perçus, à demi perçus dans le silence  
Entre deux vagues de la mer.  
Vite, ici, maintenant, toujours -  
Une simplicité complète  
(Ne coûtant rien de moins que tout)  
Et toute chose sera bien  
Toute manière de chose sera bien  
Lorsque les langues flamboyantes  
S'infléchiront dans la couronne  
Du nœud ardent et que le feu  
Et la rose ne feront qu'un. (traduction de Pierre Leyris)

Commenter une telle fin de poème semble chose difficile. Les interprétations foisonnent, notamment celles des emblèmes politiques, comme la rose de l'Angleterre. Disons simplement que T.S. Eliot nous livre ici un art poétique : un vœu de simplicité, mais qu'il le fait dans un style plutôt élaboré. Car Little Gidding emploie selon ses sections un festival de formes poétiques tout à fait variées : Eliot emprunte même une forme très ancienne et vénérée : la terza rima de la Divine Comédie de Dante.

Dans un vers précédent de Little Gidding, Eliot écrit que chaque poème est une épitaphe, que chaque mot écrit peut être le dernier tout comme le premier, la fin comme le commencement. Little Gidding fut peut-être l'épitaphe initiale de Donald Winnicott.