Sir Allen Lane, fondateur de Penguin Books, il désigne un exemplaire de poche de "L'Amant de Lady Chatterley" de D.H. Lawrence
Sir Allen Lane, fondateur de Penguin Books, il désigne un exemplaire de poche de "L'Amant de Lady Chatterley" de D.H. Lawrence ©Getty - Hulton Archive
Sir Allen Lane, fondateur de Penguin Books, il désigne un exemplaire de poche de "L'Amant de Lady Chatterley" de D.H. Lawrence ©Getty - Hulton Archive
Sir Allen Lane, fondateur de Penguin Books, il désigne un exemplaire de poche de "L'Amant de Lady Chatterley" de D.H. Lawrence ©Getty - Hulton Archive
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Pourquoi tel tableau sur la couverture d'un livre ? Pourquoi telle illustration plutôt qu'une autre ? Comment choisir (et qui choisit) les couvertures ? Ces questions rendent urgente la création d'études comparées des couvertures du livre de poche.

Aujourd'hui, nous regardons le détail d'un tableau impressionniste : Les Coquelicots de Claude Monet, le fragment d'un paysage peint en 1873. On y voit des touches de rouge dans une prairie verte, des arbres à l'arrière-plan, une promeneuse et un enfant noyés dans l'herbe. Sauf que le tableau de Monet a été recadré et découpé selon un rectangle vertical. Car le détail que nous regardons n’est autre que la couverture d'un livre. Et plus précisément, d'une édition des années 90 de Du côté de chez Swann de Marcel Proust publié aux éditions du Livre de Poche. Sûrement était-ce une façon d'évoquer les promenades du narrateur en Normandie, et les vertiges de la sensation de celles-ci.
 

"Les Coquelicots (La Promenade)" de Claude Monet
"Les Coquelicots (La Promenade)" de Claude Monet

La collection Folio a même poussé l’élan impressionniste, et ses liens avec Proust, jusqu'à illustrer les sept tomes de la Recherche du temps perdu par sept superbes versions de la cathédrale de Rouen, à différentes heures de la journée, œuvres du même Claude Monet.
 

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Depuis plusieurs dizaines d'années, une tradition française s’est installée chez plusieurs collections de poche : celle d’apposer un tableau en couverture d'un livre classique. Quelle place y occupent les impressionnistes ? Une couverture de livre est-elle une décoration ? Qui, chez les éditeurs, choisit les tableaux ? Les questions se bousculent. Tout un champ de recherche, encore balbutiant, s’ouvre. Appelons-le pour l’instant : les études comparées des couvertures du livre de poche. Et donnons la parole à un éminent graphiste.
 

Robert Massin dans "Radioscopie" (Jacques Chancel) en 1989

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On vient d’entendre la voix de Robert Massin en 1989, qui fut directeur artistique chez Gallimard, et l’inventeur dans les années 70, du célèbre graphisme de la célèbre collection Folio. La création de Folio constituait une réponse à la collection du Livre de poche créée par Henri Filipacchi pour le groupe Hachette en 1953.
 

Massin définit l’art de la couverture comme un art de la durée. Car en effet, le livre de poche est un objet avec lequel on peut - et on va - vivre longtemps. Le choix d'un tableau pour l'illustrer représente donc une décision cruciale. Mais un tableau illustre-t-il un livre ? Telle est l'une des profondes questions pour les naissantes études comparées des couvertures du livre de poche. Choisir un tableau, c’est associer une image, et une seule, à un texte, à des centaines de pages, à des milliers de mots, et aussi à un espace fondamentalement sans images. Choisir un tableau impressionniste pour un roman, c'est apposer un travail pictural de la durée sur de la durée. Et singulièrement quand on adosse Monet à Proust.
 

Qu’en est-il des autres peintres impressionnistes ? Ils accompagnent souvent les couvertures des auteurs qui leur sont contemporains. Ainsi, Les moissonneurs de Renoir sont associés par la collection "Folio Classique" à La Terre d’Émile Zola, et la Jeune femme d'Henri-Edmond Cross à la Faute de l'abbé Mouret.
 

Néanmoins, on peut, dans les grandes lignes, remarquer que le choix des impressionnistes a subi dernièrement un léger déclin. Pour orner les couvertures de Proust, les toiles de Monet ont été remplacées par des dessins de Pierre Alechinsky chez Folio et par des peintures plus classiques dans le Livre de Poche. L’illustration et le pompiérisme gagnerait-ils sur le mouvement impressionniste ? La question restera suspendue. Car tout reste à explorer dans le vaste champ des études comparées des couvertures du livre de poche.

L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre