Jean-Louis Trintignant en 1968 ©Getty - James Andanson
Jean-Louis Trintignant en 1968 ©Getty - James Andanson
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Résumé

"Le Fanfaron" de Dino Risi (1962), met en scène un duo quichottesque : le parlant Vittorio Gassman et le silencieux Jean-Louis Trintignant. Ce dernier y incarne un trait de caractère peu traité par le cinéma, et émouvant aux larmes : la timidité.

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C'est l'été, et nous sommes à Rome, au beau milieu du 15 août, c’est-à-dire au moment où les fêtes dites de Ferragosto battent leur plein, et cela se traduit dans la capitale italienne par une désertion du centre-ville et par une fermeture absolument complète de toutes les boutiques, officines ou enseignes et notamment celles qui vendent des cigarettes…

C'est dans ce contexte que va se dérouler la rencontre improbable de deux êtres et de deux corps que tout oppose. L'un est grand, il a les épaules et la mâchoire carrées, il est hâbleur, parle beaucoup et très vite. Il conduit une décapotable que les aficionados identifieront comme le modèle Aurelia B24 de la marque Lancia dont le klaxon retentit de cette façon discrète.

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Le bruit du klaxon de la Lancia de Vittorio Gassman

5 sec

L'acteur italien qui prête ses traits à l'automobiliste un rien kakou n'est autre que le grand Vittorio Gassman.

Le second personnage est de taille moyenne, ses épaules sont un peu voûtées. En retrait, il parle peu et très doucement. Il étudie le droit dans sa chambre, et semble atteint de ce mal tenace dont la fiction parle finalement beaucoup trop peu : la timidité. C'est l'immense Jean-Louis Trintignant, dans sa période de grâce italienne.

Gassman cherche à téléphoner et à acheter des cigarettes. Difficile en plein Ferragosto. Voici le prétexte tout trouvé pour une rencontre entre les deux amis - et le scénario minimal - de l'extraordinaire film estival de Dino Risi, sorti en 1962, sous le titre Le Fanfaron. En italien, Il Sorpasso, c'est à dire celui qui dépasse en voiture. Le duo Gassmann-Trintignant part ainsi sur les routes de l'Italie des années 60, ses ports de plaisance, ses campagnes, ses villas, ses trattorias, ses soirées... et vers la fin du film, pour la séquence qui nous intéresse : ses plages.

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Comme dans un documentaire, la caméra de Dino Risi attrape en gros plan des corps vêtus de maillots de bains, qu'on imagine colorés même si le noir et blanc du film ne nous permet pas de le voir. Il y a là, sous le auvent d'une espèce de paillotte - boite de jour du bord de mer, plusieurs générations d'hommes et de femmes. La petite foule danse en extérieur, un peu alanguie et maladroite, comme on danse dans la vie, sur des twists italiens très à la mode à l'époque. Par exemple, sur ce titre que l'on écoute : « Don’t play it no more » du fameux chanteur italien Peppino di Capri.

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Au milieu de cette foule de corps dansants documentaires, le génie de Dino Risi propulse l'acteur Jean-Louis Trintignant. On le voit ne pas savoir ou se mettre, son regard perdu accroche à droite et à gauche. Et son visage, parfois net et parfois flou, est simplement sublime. Il cherche à se diriger vers une cabine téléphonique pour appeler sa voisine romaine, dont il est amoureux. Mais cette dernière est absente.

Il reste un détail capital à signaler : à la différence de ses congénères enjoués, Jean-Louis Trintignant ne porte à la plage ni maillot de bain, ni chemisette, ni petit polo. Par timidité, il a conservé sa chemise et son pantalon, son costume d'étudiant en droit qu'il porte depuis le début du récit. Le Fanfaron touche à sa fin, et on regarde une dernière fois Jean-Louis Trintignant inventer sous nos yeux une manière de se tenir dans le monde, avec maladresse et élégance, même jusqu’au bord d’une falaise escarpée...