Le siège de la Comission européenne, à Bruxelles
Le siège de la Comission européenne, à Bruxelles ©Getty - Arterra
Le siège de la Comission européenne, à Bruxelles ©Getty - Arterra
Le siège de la Comission européenne, à Bruxelles ©Getty - Arterra
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Le romancier autrichien Robert Menasse arpente les couloirs de la Commission européenne à Bruxelles, avec son roman "La Capitale" (Verdier, 2019), quelque chose comme la rencontre entre "The Office" et "L'Homme sans qualités"

Aujourd’hui, un roman qui installe une intrigue, dans l'œil du cyclone de la Commission européenne. Il s’appelle La Capitale, il est signé de l’écrivain autrichien Robert Menasse, et il a été traduit en français aux éditions Verdier en 2019.
 

La capitale dont il est question c'est Bruxelles, Babylone européenne, siège de la Commission Européenne, ce monstre de verre, et de bureaucratie autour de laquelle gravitent les personnages de Menasse, tous issus de pays membres de l'Union. Grèce, Pologne, Autriche, République Tchèque etc. 

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Plus précisément, son roman nous mène dans les arcanes et les couloirs de la direction Culture de la Commission, que Menasse décrit comme je cite : "un département sans importance, sans budget, sans poids au sein de la commission, sans influence et sans pouvoir." la Culture est une sous-section délaissée (comme dans toutes les institutions, aurait-on envie d’ajouter…), au profit des massives DG TRADE, ou DG JUST, à savoir les départements Commerce et Justice.
 

Néanmoins, le Département Culture va se retrouver au centre de l'intrigue, car un sondage vient de tomber...
 

Le Big Jubilee project. En fait, c'était Mrs Atkinson qui avait eu cette idée. Elle était la nouvelle directrice générale de la DG COMM, le service de communication de la Commission européenne, dont elle était également chargée de défendre la Corporate Image - or les derniers sondages Eurobaromètre montraient que celle-ci avait dégringolé jusqu'à la cave. Elle l'avait compris immédiatement : il fallait qu'elle pilote la direction générale autrement que ses prédécesseurs. Le travail de presse gentillet, le service routinier du porte-parole et la coordination formelle des bureaux d'informations qui somnolaient dans les états membres n'allaient plus suffire. Non seulement on avait le plus mauvais taux depuis 1973, date à laquelle avaient débuté les enquêtes d'opinion régulières dans les pays de l'Union Européenne, mais les résultats actuels du sondage méritaient le titre d'accident nucléaire majeur. "

Catastrophe ! à peine 40% des sondés jugent positif le travail de la Commission. Il faut trouver un moyen de rétablir la confiance, et de communiquer sur les actions. Un projet de jubilé de la Commission germe alors dans les cerveaux inspirés de la DG COMM. Comment rendre, je cite : "sexy" l'institution présidée en leurs temps par Jacques Delors, Jean-Claude Juncker et aujourd’hui par Ursula von der Leyen ? C'est la question – et la mission – absurdes à laquelle le pôle Culture doit répondre. 

Robert Menasse en 2017
Robert Menasse en 2017
© AFP - Arne Dedert

Robert Menasse invente ainsi avec La Capitale un roman institutionnel désopilant, quelque chose comme la rencontre imprévue entre The Office et l'Homme sans qualités de Robert Musil. Plutôt que de prendre de haut la Commission et son organigramme, le romancier nous les fait percevoir selon une coupe horizontale. Tout y passe : la vie quotidienne des fonctionnaires, les retombées des décisions sur les agriculteurs autrichiens, les rapports de force entre Commission et états membres... Bref l'Europe et ses problèmes, voire l’Europe comme problème.
 

Robert Menasse semble nous adresser une question simple : Qu'est-ce qu'on va faire de l'Europe ? De cet écheveau de directives, de langues, d'histoires, et de ces strates de décisions ? Que faire cette assemblée inter-nationale qui existe de fait, mais dont la marche vise un but parfois non désiré ?
 

Il nous délivre aussi un constat inquiétant : celui de la mise en tourisme généralisée et à marche forcée de notre continent.

L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre