"The Myth of Sisyphus", une traduction anglaise de l'essai de Camus ©Getty - Star Tribune
"The Myth of Sisyphus", une traduction anglaise de l'essai de Camus ©Getty - Star Tribune
"The Myth of Sisyphus", une traduction anglaise de l'essai de Camus ©Getty - Star Tribune
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Résumé

Dans un épisode de la série "Fargo" intitulé "The Myth of Sisyphus", le personnage d'Ed Blumquist, garçon-boucher d'une petite ville du Minnesota, cite le livre d'Albert Camus. Un placement de livre dans un produit.

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C'est une scène d'interrogatoire. Elle confronte, dans la salle à vitre sans tain d’un commissariat de police provinciale, Lou Solverson, un agent de la police d'état du Minnesota, à Ed Blumquist, un garçon boucher, blond, replet et un peu mollasson. Pourquoi les forces de l’ordre ont donc convoqué cet homme aux apparences paisibles ? Parce qu’Ed Blumquist est englué dans les cordages d'une intrigue criminelle difficile à résumer ici, disons simplement qu'il cache quelque chose comme un cadavre à la police locale. L'officier, au visage glabre et au regard noir, essaie de faire entendre raison au découpeur de viande, et de le faire avouer. La scène semble classique, quand soudain, Ed Blumqwist est frappé par une illumination, et par le souvenir d'un livre.

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Nous sommes dans l'épisode 6 de la saison 2 de la série Fargo , un développement inspiré par le film des frères Cohen sorti en 1996. Et le livre dont il vient d'être question, mais dont le titre n'est même pas mentionné, et qui parle de ce type qui pousse une grosse pierre, n'est autre que le Mythe de Sisyphe d'Albert Camus, essai publié en 1942, dans lequel l’écrivain et philosophe réactive le mythe et la figure antique de celui qui pousse indéfiniment le rocher sur la montagne, modèle de la philosophie de l'absurde. Ed Blumqwist convoque donc la figure de Sisyphe, telle que réinvestie par Camus, pour comprendre sa triste situation, ses ennuis avec la mafia ultraviolente locale, son quotidien à la boucherie et son cadavre dans le placard. Etonnante référence camusienne, diront certains, dans la bouche d’un boucher nord-américain de la fin des années 70.

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Comment Le Mythe de Sisyphe a atterri dans la tête d'Ed Blumqwist ? Si l'on remonte les épisodes, on remarque que l'ouvrage de l’auteur de La Peste s'est trouvé sur la route du boucher - un tantinet benêt - dans l'officine où il travaille. En effet, la « Noreen » dont on a entendu parler n’est autre qu’une certaine Noreen Vanderslice, la collègue d’Ed Blumqwist dont le nom peut être plaisamment traduit par "Vander-découpe", et un des épisodes précédent nous la présente, absorbée par la lecture du Mythe de Sisyphe d'Albert Camus. Noreen est un personnage largement secondaire de la série, une employée de boucherie végétarienne, doublée donc d'une camusienne discrète, mais assidue.

Dans cet épisode de Fargo , Camus fait l'objet de ce que l'on pourrait appeler un « placement de livres », un exercice qui n'obéit pas exactement à la même logique que celle des fameux « placements de produits », puisque poser un livre dans une série, c'est poser littéralement un livre dans un produit, dans une production artistique industrielle.

Et il en existe d'autres, des camusiens discrets dans les productions sérielles. Parmi eux, le personnage du jeune Tom Garvey, fils d'un autre agent d’une police d'état, dès l'ouverture de ce chef d'œuvre qu'est la série The Leftovers . Tom sera décrit comme n’étant, je cite : « que de la souffrance et jamais du salut ». Dans la saison 1 de l’épisode 1, on le voit lire dans une belle édition, un roman dont la couverture porte le titre anglais "The Stranger", signé par celui qu'on désigne avec l'accent de là-bas "Albeurte Camou"

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L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre