Affiche de l'adaptation de "Nana" par Jean Renoir, en 1926 ©Getty - Heritage Images
Affiche de l'adaptation de "Nana" par Jean Renoir, en 1926 ©Getty - Heritage Images
Affiche de l'adaptation de "Nana" par Jean Renoir, en 1926 ©Getty - Heritage Images
Publicité
Résumé

Le premier chapitre de "Nana", roman de la série des Rougon-Macquart d'Emile Zola nous introduit dans le Théâtre des Variétés à Paris, où l'on donne la première d'un spectacle avec la star montante du moment : Nana.

En savoir plus

Nous sommes au Théâtre des Variétés, haut lieu de la culture parisienne et mondaine, en cette fin de Second Empire. Les spectateurs attendent, sous les becs de gaz, en masse compacte et impatiente, car ce soir on donne, pour la première fois une représentation de La Blonde Vénus. Et le rôle principal, la déesse Vénus, sera tenu par celle qui est ce soir l'objet de toutes les attentions. Une certaine "Nana".

Il y a ici le jeune aristocrate Hector de La Faloise, fraichement monté à la capitale, qui vient de désigner l'actrice comme, je cite "l'étoile nouvelle". Nana est donc littéralement une star. Son nom est d'ailleurs inscrit en grosses lettres noires sur un fond d'affiche jaune.

Publicité

Le directeur du Théâtre des Variétés, un certain Bordenave, vient de passer et, quand on lui parle de son théâtre, il répond bizarrement, et à plusieurs reprises : "dites plutôt un bordel !" étrange…

Nous sommes dans le premier chapitre de Nana d’Émile Zola, un roman de la série des Rougon-Macquart. Et c'est un euphémisme de dire que le romancier ménage une montée de tension avant l'apparition de son personnage Nana sur la scène du théâtre des variétés. Tout le monde en parle, en bien, en mal, en lubrique, en spectateur, en amateur, en homme principalement. Nana est partout, tout le monde parle Nana, pense Nana, répète : Nana, Nana, Nana. Je cite Zola : "Une fièvre de curiosité poussait le monde, cette curiosité de Paris qui a la violence d'un accès de folie chaude."

Bref, brûlons les étapes mondaines et laissons ces hommes entre eux. Nana parait enfin pour le premier acte de "La Blonde Vénus", et c'est en partie une déception, puisque, pour citer à nouveau Bordenave le directeur, elle chante "comme une seringue". La distribution, les décors, le texte et les chants sont douteux.

Mais le public est charmé. Le premier acte se termine. Un second acte y succède, puis un troisième, le clou du spectacle. On laisse la parole à Émile Zola.

Un frisson remua la salle. Nana était nue. Elle était nue avec une tranquille audace, certaine de la toute-puissance de sa chair. Une simple gaze l’enveloppait ; ses épaules rondes, sa gorge d’amazone dont les pointes roses se tenaient levées et rigides comme des lances, ses larges hanches qui roulaient dans un balancement voluptueux, ses cuisses de blonde grasse, tout son corps se devinait, se voyait sous le tissu léger, d’une blancheur d’écume. C’était Vénus naissant des flots, n’ayant pour voile que ses cheveux. Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d’or de ses aisselles. Il n’y eut pas d’applaudissements. Personne ne riait plus, les faces des hommes, sérieuses, se tendaient, avec le nez aminci, la bouche irritée et sans salive. Un vent semblait avoir passé, très doux, chargé d’une sourde menace. Tout d’un coup, dans la bonne enfant, la femme se dressait, inquiétante, apportant le coup de folie de son sexe, ouvrant l’inconnu du désir. Nana souriait toujours, mais d’un sourire aigu de mangeuse d’hommes.
— Fichtre ! dit simplement Fauchery à la Faloise.

Nana apparait donc nue sous les regards masculins et médusés. Zola nous place dans les orbites des hommes de cette bourgeoisie de la fin du règne de Napoléon III, progressivement gagnée par la corruption, le stupre, et les ravages du style pompier. Nana en sera à la fois le véhicule et la victime.

Références

L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre