Henri-Georges Clouzot en 1968, sur le tournage de La Prisonnière
Henri-Georges Clouzot en 1968, sur le tournage de La Prisonnière ©Getty - Pierre VAUTHEY
Henri-Georges Clouzot en 1968, sur le tournage de La Prisonnière ©Getty - Pierre VAUTHEY
Henri-Georges Clouzot en 1968, sur le tournage de La Prisonnière ©Getty - Pierre VAUTHEY
Publicité

Dans une scène du film "Les Diaboliques" d'Henri-Georges Clouzot (1955), un poste de radio allumé fait une brève, mais décisive, apparition. Portrait de Noël Roquevert en auditeur assidu.

En 1955, Les Diaboliques, film d’Henri-Georges Clouzot sort sur les écrans français. Il met en scène Simone Signoret et Véra Clouzot qui conspirent pour assassiner le mari de l’une et l’amant de l’autre, l’infâme Michel Delassalle, alias Paul Meurice. Pour ce faire, elles projettent de le droguer puis de le noyer dans la baignoire d’une pension de province du Poitou, à l’abri des regards.
 

Seulement, une fois rendues sur place, elles prennent conscience de l'étendue de la tâche, et de la nécessité d’amadouer et d’éteindre les soupçons des voisins. Simone Signoret monte donc l’étage pour sympathiser avec le couple Herboux qui habite l'appartement du dessus.
 

Publicité

Elle toque à leur porte, et tout à coup, on entend la radio.
 

Extrait des "Diaboliques"

28 sec

« On ne badine pas avec l’amour d’Alfred » de Musset. Soit une blague pas très drôle qui fait irruption et tâche dans un film à la tonalité tragique.
 

On entend la voix de l’acteur Noël Roquevert dans le rôle du voisin amateur de radio. La scène de Clouzot est saisissante par son aspect documentaire et presque anthropologique. Elle nous permet en effet de voir la place que pouvait occuper la radio et ses énormes postes dans un foyer des années 50. Et surtout d’observer le rôle qu’elle exerçait, et exerce encore, sur le temps, sa manière de découper les heures et de nous situer dans la journée. 

Dans cette très brève séquence, M. Herboux évoque en outre deux formats radiophoniques emblématiques : la dramatique, aujourd’hui appelé fiction radiophonique, et surtout Zappy Max, qui fut le présentateur vedette historique de Radio Luxembourg. Son émission « Quitte ou double », jeu d'argent à questions, regroupait plusieurs milliers d'auditeurs par jour. Y ont participé aussi bien L'Abbé Pierre que Guy Debord.

Cependant, la radio dans Les Diaboliques de Clouzot ne fait pas qu’activer en nous une nostalgie radiophonique, elle occupe aussi un rôle actif et dramatique. Car plus tard dans le film, Signoret fait couler un bain, les vieilles canalisations de la baignoire font du bruit. Et le voisin s'énerve.
 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Et c'est ainsi que l'on entend Noël Roquevert noter, minutieusement, grâce à son écoute perturbée de la radio, l’horaire très précise de coulée du bain dans lequel repose le futur cadavre de Michel Delassalle. Le voisin note ainsi l'heure du crime, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les deux meurtrières... Bref, si on retire la radio dans Les Diaboliques pas de dénonciation, pas de suspense, et pas de génie hitchcockien de Clouzot.