Portrait de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (ou du moins, on le suppose...) par Philippe de Champaigne
Portrait de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (ou du moins, on le suppose...) par Philippe de Champaigne ©Getty
Portrait de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (ou du moins, on le suppose...) par Philippe de Champaigne ©Getty
Portrait de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy (ou du moins, on le suppose...) par Philippe de Champaigne ©Getty
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L'un des membres de l'abbaye de Port-Royal, Louis-Isaac Lemaistre de Sacy a entrepris, au XVIIe siècle, un grand œuvre : une traduction nouvelle de la Bible, du latin vers le français.

Il existe un portrait, sorti des ateliers du peintre Philippe de Champaigne, abrité par le Musée national de Port-Royal des Champs, qui constitue une petite énigme. On a longtemps cru que la figure portraiturée représentait Blaise Pascal. Or pas du tout, l’homme sur le tableau, souriant, qui porte robe religieuse et cheveux longs, serait un autre solitaire de l'abbaye de Port-Royal : Louis Isaac Lemaistre de Sacy. A moins qu’il ne s’agisse de son frère Antoine… Mystère.

C’est Louis-Isaac qui nous intéresse aujourd’hui, et surtout l’œuvre de titan qu'il a entrepris : traduire en langue française l'Ancien et le Nouveau Testament de la Bible. Une traduction qui choisit comme point de départ la Vulgate, la version latine de la Bible, celle de Jérôme de Stridon, le saint patron des traducteurs, que Lemaistre de Sacy qualifie lui-même de "modelle des traducteurs de l’Ecriture" (avec un grand E).

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Au commencement était le verbe, le commencement du monde dans la traduction de Lemaistre de Sacy donne quelque chose comme ça :

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.    
La terre était informe et toute nue ; les ténèbres couvraient la face de l’abîme ; et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux.    
Or Dieu dit : Que la lumière soit faite. Et la lumière fut faite.    
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière d’avec les ténèbres.    
Il donna à la lumière le nom de Jour, et aux ténèbres le nom de Nuit. Et du soir et du matin se fit le premier jour.    
Dieu dit aussi : Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux.    
Et Dieu fit le firmament ; et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament, d’avec celles qui étaient au-dessus du firmament. Et cela se fit ainsi.    
Et Dieu donna au firmament le nom de Ciel. Et du soir et du matin se fit le second jour. 

C'est le tout début de la Genèse, dans la traduction de Lemaistre de Sacy, on y entend la rigueur de la prose classique et les effets de répétitions pour dire les premiers mots du monde. Cette tâche immense aura occupé une très grande partir de la vie du solitaire, d'autres membres de Port-Royal y ont participé, notamment Pascal et Arnauld. Il s'agissait pour Sacy de vulgariser la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testament, après les protestants, et tout en corrigeant ce qu’il percevait comme leurs hérésies.

L'histoire de la Bible de Port Royal croise aussi celle des troubles et discordes religieux du temps. Une partie de ce colossal travail est mené à l’ombre de la prison de la Bastille, où Sacy est enfermé en 1666, suite à la complexe querelle du Formulaire. Sa Bible connait un succès phénoménal au XVIIIe siècle. Lemaistre de Sacy écrit à propos de sa traduction, et dans la préface de celle-ci :  

L’Ecriture sainte est comme un grand fleuve, dit S. Grégoire, qui a toujours coulé & qui coulera jusques à la fin des siecles. Les grands & les petits ; les forts & les foibles y trouvent cette eau vivante qui rejaillit jusques dans le ciel : elle s’offre à tous, & elle se proportionne à tous ; elle a une simplicité qui s’abbaisse jusques aux ames les plus simples, & une hauteur qui exerce & qui eleve les plus élevez.

Aujourd'hui, le fleuve continue de couler, à côté de sa dimension religieuse on peut lire la traduction de la Bible par Lemaistre de Sacy comme un poème de clarté. 

Musique : Les Ombres errantes de François Couperin (par Alexandre Tharaud)