Portrait de Renée Vivien par Otto Wegener
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Résumé

La poétesse Renée Vivien (1877-1909) a consacré plusieurs poèmes aux figures antiques et mythologiques des amazones, comme une réactivation des figures d’Éros et de Thanatos.

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Un temps oubliée par l'injuste histoire littéraire, et redécouverte depuis quelques années, Renée Vivien fut une figure importante de la poésie. Née à Londres sous le nom de Pauline Tarn, elle s'installe en France à l'orée du 19ème siècle. Elle meurt subitement en 1909, à l’âge (trop jeune) de 32 ans. Entre temps elle a écrit un journal, une œuvre en prose, et plusieurs centaines de poèmes en français. Elle a chanté l'amour lesbien, et évolué dans les cercles littéraires des années zéros. Les amazones ponctuent régulièrement sa vie et on œuvre, et ce dès son premier recueil, Etudes et préludes, parue en 1901. Une de ces femmes de la mythologie apparait, dans un court poème de trois quatrains, intitulé "Amazone"

L’Amazone sourit au dessus des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort.
La volupté du meurtre a gonflé ses narines :
Elle exulte, amoureuse étrange de la mort.

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Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la mièvre caresse,
Les coupes sans horreur ne la contentent pas.

Son désir, défaillant sur quelque bouche blême
Dont il sait arracher le baiser sans retour,
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

On entend dans « Amazone » la forme classique de l'alexandrin pour dire la violence épique de l'amazone solitaire. Renée Vivien associe dans son poème la guerre et l'amour physique, le champ de bataille et le champ amoureux, le spasme de la mort et celui de l'amour, soit deux avatars d'éros et de thanatos. L'amazone apparait alors comme une effigie guerrière, abstraite, une vie nue et asociale.

Au tout début du 20ème siècle, Renée Vivien connait une relation amoureuse et tumultueuse avec une autre poétesse : Natalie Clifford Barney, anglaise exilée en France elle aussi. Autour de 1909, elle créée un "salon de l'amazone", et publie dix ans plus tard les Pensées d'une amazone, un texte composite et fragmentaire qui réfléchit à la place des femmes dans le contexte de l'immédiate après-guerre. Natalie Clifford Barney écrit, je cite : « Les rôles de Judith et de Cléopâtre sont démodés, - on n'a trouvé personne pour l'emploi. Nous pouvons mieux que de conquérir le conquérant. Toutes ces femmes de l'arrière, casquées comme des Amazones – désarmées. » Le texte fait notamment réagir la poétesse russe alors exilée en France, Marina Tsvetaïeva, qui écrit une Réponse à l'amazone

Les amazones parcourent donc la pensée et les écrits littéraires et saphiques du début du 20ème siècle qui en remotivent le mythe dans une perspective féministe. Mais revenons à la vie, et à l'œuvre, de Renée Vivien, où d'autres amazones, au pluriel cette fois et dans un poème plus long, apparaissent dès son recueil suivant, Cendres et poussières, publié en 1902. Je cite une strophe :

Elles gardent une âme éclatante et sonore
Où le rêve s’émousse, où l’amour s’abolit,
Et ressentent, dans l’air affranchi de l’aurore,
Le mépris du baiser et le dédain du lit.
Leur chasteté sanglante et sans faiblesse abhorre
Les époux de hasard que le rut avilit.

La violence crue des amazones semble, dans ce poème, située à l’origine même du chant.

Références

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