Colin Farrell dans "The Lobster" de Yorgos Lanthimos
Colin Farrell dans "The Lobster" de Yorgos Lanthimos - © Haut et Court
Colin Farrell dans "The Lobster" de Yorgos Lanthimos - © Haut et Court
Colin Farrell dans "The Lobster" de Yorgos Lanthimos - © Haut et Court
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Dans son film "The Lobster", le cinéaste Yorgos Lanthimos a cauchemardé un monde dans lequel le couple est obligatoire, et le célibat interdit. Tout célibataire contrevenant est séquestré dans une inquiétante prison-hôtel.

Imaginez un monde où, si vous circulez seul dans un espace public, vous êtes à tout moment susceptible de vous voir arrêté par un membre des forces de l'ordre en droit de vous demander un certificat de conjugalité. Imaginez un monde où le célibat est interdit, et passible de sanctions brutales.  
 

C'est le rêve, ou plutôt le cauchemar, qu'a fait le cinéaste grec Yorgos Lanthimos dans un film, "The Lobster", en français : "Le Homard", sorti sur les écrans en 2015.
 

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Lanthimos pousse la violence envers les célibataires jusqu'à inventer un camp de redressement, une prison-hôtel, pour solitaires récalcitrants. Quels en sont les règles ? Elles vont nous être édictées par la directrice de l'hôtel-prison, incarnée par la géniale Olivia Colman.
 

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Les pensionnaires-prisonniers de l'hôtel carcéral ont 45 jours pour rencontrer un conjoint. Passé ce délai strict, celui ou celle qui persistera dans son célibat se trouvera métamorphosé en l'animal de son choix. Une manière de donner une seconde chance à l'amour, sous une autre forme, comme une réincarnation, mais qui serait ici imposée par un pouvoir orwellien.
 

Dans ce cauchemar, nous suivons un certain David, célibataire hébergé et emprisonné, joué par un Colin Farrell à contre-emploi : bedonnant, moustachu, myope, et mou. Il est accompagné d'un chien qui n'est autre que son propre frère, et dont la rééducation vers le couple a échoué il y a deux ans. Comme première étape de son redressement, David doit d'abord vivre quelques jours avec la main droite menottée dans le dos, pour bien lui faire comprendre que, je cite : "tout est plus facile quand les choses vont par deux". Des saynètes gesticulées vantent rituellement aux clients de l’hôtel les vertus de la vie à deux qui permet de survivre quand, par exemple, le conjoint vient à s'étrangler en absorbant de la nourriture.
 

Les célibataires sont donc criminalisés, enfermés, montrés du doigt, et sommés de déjeuner sur une toute petite table qui surligne leur solitude. Ainsi Lanthimos cauchemarde un monde où le couple est rendu politiquement obligatoire. Une pression qui n’est pas sans évoquer certaines injonctions de la société contemporaine. Néanmoins, on sent que le cinéaste ne se limite pas pour autant à la production d’une critique sociale, ou d’un discours articulé, sur la société, sur la vie seule ou à deux.  
 

On emploie aujourd’hui le mot « dystopie » à tort et à travers. Et c'est parfois agaçant. The Lobster est-il une dystopie ? Peut-être, mais Yorgos Lanthimos construit, avant toute chose, un monde. Horrible ? Certes. Violent ? Effectivement. Avec des échos dans la vie des contemporains ? Bien sûr. Mais le cinéaste fabrique d’abord un monde, un univers clos avec ses propres normes, ses propres couleurs, et on sent que la composition de cet ensemble, avec toutes les pièces et tous les détails qu'il contient, est tout à fait importante pour Lanthimos. Ses films suivants, comme La Favorite, portent aussi la trace de ce plaisir, celui de construire un monde, si horrible soit-il.
 

Un monde fait de lieux, concrets et formels. Un hôtel ici, une forêt qui l'entoure là, et plus loin : une ville sans nom. Un monde composé aussi de morceaux de mythes : de métamorphoses animales, et de rapports brutaux. Un monde de violence sans psychologie.

L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre