Pleurant avec capuchon rabattu, du tombeau du duc de Berry
Pleurant avec capuchon rabattu, du tombeau du duc de Berry
Pleurant avec capuchon rabattu, du tombeau du duc de Berry ©Getty - Jean-Marc ZAORSKI
Pleurant avec capuchon rabattu, du tombeau du duc de Berry ©Getty - Jean-Marc ZAORSKI
Pleurant avec capuchon rabattu, du tombeau du duc de Berry ©Getty - Jean-Marc ZAORSKI
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Résumé

Au Louvre-Lens, dans la galerie du temps, on peut admirer deux petites statues d'albâtre. Ce sont deux pleurants qui ornaient le tombeau du duc de Berry. Séparés de leur monument original, ils sont devenus des œuvres à part entière.

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Nous traversons aujourd'hui la galerie du temps au musée du Louvre à Lens. Un lieu qui a pour particularité de précisément organiser du temps dans l'espace, en exposant une foule d'œuvres selon un parcours qui s'initie plusieurs millénaires avant notre ère, et s'achève à l'orée du XXe siècle. Parmi les centaines et les centaines d'œuvres exposées, il y en a deux, de petites tailles, qui ont retenu l'attention de la Pièce Jointe. Elles sont situées dans la seconde moitié de la frise chronologique, aux alentours des années 1400. Ce sont deux statues solennelles, simples, inquiétantes, et sculptées dans l'albâtre.

Ces statues portent le nom médiéval de "pleurants", elles ont été sculptées au tournant du XVe siècle, par un artiste venu du nord de la France, Jean de Cambrai. Toutes deux faisaient partie d'un ensemble bien plus vaste : le grand tombeau de Jean de France, duc de Berry.

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Le pleurant au rosaire, du tombeau du duc de Berry
Le pleurant au rosaire, du tombeau du duc de Berry
© Getty - Jean-Marc ZAORSKI

Les deux statues, longues de moins d'une quarantaine de centimètres, représentent deux figures drapées. L'une est capuchée jusque sous les yeux, elle laisse voir une mâchoire carrée, l'autre a l'avant du visage découvert, et la coupe au bol des ordres monastiques. Celui à la capuche a les mains jointes sous le visage et recouvertes par sa robe. Le second porte un rosaire à gros grains terminé en pompon. La pâleur de ces pleurants rappelle celle du marbre. Ils sont à la fois sobres et émouvants par les détails ouvragés de leurs têtes.

Les pleurants font partie d'une tradition très spécifique de la statuaire funéraire : ce sont des figures de lamentation, chargées de susciter le recueillement et de célébrer le deuil comme la mémoire de celui qui gît tout près. Les pleurants ont parfois le visage découvert, mais ils se cachent souvent sous des capuches qui les rendent anonymes, tout en étant singularisés par un minutieux travail du détail dans leur traitement sculptural. Les pleurants, qui vont toujours en groupe, donnent donc à voir des expressions singulières du deuil et de la perte.

Le sculpteur Jean de Cambrai, véritable maître du drapé, s'est fait une spécialité de ces petites figures qui pleurent. Il pousse l'exercice jusqu'à recouvrir de robe l'intégralité du corps de certaines statues, voilées et lovées dans des draps de pierre. Comme si le deuil poussait vers un désir de n'être que tissu.

Le Duc de Berry, le maître d'œuvre et mécène du livre des Très Riches Heures, avait pour son tombeau des ambitions monumentales : un gisant magnifique, qu'on peut aujourd'hui voir dans la cathédrale de Bourges, un pourtour orné des fameux trente-cinq pleurants anonymes. Malheureusement l'œuvre funéraire reste inachevée à la mort du duc en 1416. Plus tard, les pleurants sont démantelés et disséminés par la Révolution française. Il n'en reste aujourd'hui que cinq : les deux du Louvre, deux à Bourges, et un à Saint-Pétersbourg... Les deux statues que l'on peut admirer à Lens sont donc des vestiges, des fragments d'une œuvre plus grande. Un paradoxe : leur séparation d'avec l'ensemble nous les fait admirer pour elles-mêmes, dans une solitude suspendue, et non plus comme des objets liés à la gloire du Duc, comme des pleurants sans support, sans rien qui vienne expliquer leurs larmes.

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