Allen Ginsberg en 1959 (année du tournage de "Pull My Daisy") devant les livres des auteurs de la beat generation
Allen Ginsberg en 1959 (année du tournage de "Pull My Daisy") devant les livres des auteurs de la beat generation ©Getty - San Francisco Chronicle / Hearst Newspapers
Allen Ginsberg en 1959 (année du tournage de "Pull My Daisy") devant les livres des auteurs de la beat generation ©Getty - San Francisco Chronicle / Hearst Newspapers
Allen Ginsberg en 1959 (année du tournage de "Pull My Daisy") devant les livres des auteurs de la beat generation ©Getty - San Francisco Chronicle / Hearst Newspapers
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"Pull My Daisy" (en français : "Cueille ma pâquerette") est un film collectif tourné en 1959 avec de nombreux membres de la Beat Generation. Il est parcouru par le texte, et la voix électrique, de Jack Kerouac.

Pull My Daisy, en français "Cueille ma pâquerette" est à l'origine le titre de deux poèmes érotiques et collectifs, composés à la fin des années 40 par trois participants du mouvement "beat" : Allen Ginsberg, Neal Cassady et Jack Kerouac. On raconte qu'il aurait été écrit selon la méthode du "cadavre exquis" inventé par les surréalistes : chacun écrit tour à tour un vers du poème sans voir ni connaitre la ligne écrite par le précédent, et ainsi de suite...

C'est aussi le titre d'un film de plus d’une vingtaine de minutes réalisé en 1959 par le photographe Robert Frank et Alfred Leslie. Le script, ou plutôt le texte du film, est signé par Jack Kerouac. Pull My Daisy est un objet cinématographique peuplé et collectif comme autrefois le poème le fut. On en écoute un extrait

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Elle dit : "Allez ! il faut partir à l'école    
apprendre toute la géographie, et l'astrolologie, la peupléologie, et  touteslesautrologie, la poétologie, la aurevoirologie"    
Il dit : " Non je veux pas aller à l'école !"

Pendant ce temps... eux parlent de l'Empire State Building, et des tragédies des ponts... et ils saluent... au revoir !

On entend la voix, la cadence, et les néologismes de Jack Kerouac en personne. Car il est l’unique poète et speaker de ce film new-yorkais en noir et blanc. Pull My Daisy est une œuvre drôle, spontanée, éruptive, improvisée et bordélique. Pourtant l’unité de lieu est stricte : tout se passe dans un grand appartement du Lower East Side de New-York. Mais c’est le seul point apparemment fixe du film, puisqu’entre les murs de cet espace clos, tout remue, et une galerie impressionnante de silhouettes s'y succèdent.

On verra passer, entre autres, et dans le désordre : la maitresse des lieux : l’actrice Delphine Seyrig, âgée alors de 27 ans, les cheveux bouclés bruns et en bataille. Le maître des lieux : Milo. Le poète Allen Ginsberg, qui joue Allen Ginsberg, âgé alors de 33 ans. Ses cheveux commencent à se clairsemer. Il se révèle un acteur tordant et électrique qui bouge de partout. Les poètes Gregory Corso et Peter Orlovsky qui jouent respectivement les rôles de Gregory Corso et Peter Orlovsky. Le galeriste David Bellamy qui joue le rôle d’un évêque venu en visite boire le thé. etc etc.

Tout ce petit monde de beatniks fait une foule de choses : ils boivent, jouent de divers instruments à vent, ou aux cow-boys, ils parlent d'Apollinaire et se demandent si toutes les choses d'ici-bas sont sacrées (du basket-ball aux alligators)...

La forme du film repose sur un principe de commentaire des images. Jack Kerouac n’apparait pas dans Pull My Daisy, mais il commente, en postproduction, les images qui défilent sur l'écran. Il est aux manettes de la narration poétique et improvisée, tout en doublant aussi la voix de chacun des acteurs, et en multipliant les intonations. Cette improvisation devant les images donne un phrasé tout particulier à la voix du poète américain, proche du jazz, et donne surtout quelque chose de très drôle. On entend un Kerouac coryphée, homme-orchestre et zouave diriger toute cette grande production poétique et potache. On aurait presque envie de fabriquer le néologisme « poétache » pour le caractériser, mais le mot est un peu moche, et péjoratif.

Dans Pull My Daisy, on entend Jack Kerouac rire, rejouer, délirer, moquer les têtes et les situations qui défilent sur l'écran. Le poète choisit littéralement la place du spectateur, c'est à dire la nôtre. Tout se passe comme s'il était à côté de nous lorsqu'on regarde le film, soixante ans après.

Sans oser le demander
58 min

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