Serge Gainsbourg, le 19 décembre 1967 ©Getty - REPORTERS ASSOCIES
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Résumé

Serge Gainsbourg n'a jamais caché son admiration pour le peintre et poète Francis Picabia, et notamment pour son texte "Jésus-Christ Rastaquouère" qu'il citait fréquemment.

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Parmi les admirateurs de l'artiste Francis Picabia, il en est un célèbre en France, un certain Lucien Ginsburg alias Serge Gainsbourg. Dans plusieurs entretiens le chanteur déclare cycliquement avoir lu, admiré, et aimé Picabia.

La pièce jointe regarde aujourd'hui la séquence une émission diffusée en avril 1989. On y voit Gainsbarre, l'alter ego de Gainsbourg poser des questions à ce dernier, dans un dispositif de champ contre champ. Un auto-entretien à la manière de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, sur les vies de l'artiste, la mort, et les différents arts. Archive :

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Un traducteur "Gainsbarre / Français" serait presque nécessaire pour la compréhension des propos du chanteur clivé qui parle avec lui-même deux ans avant sa mort.

Le nom de Picabia, et son fameux livre Jésus-Christ Rastaquouère surgissent donc tout à coup dans les propos du chanteur, au milieu de la fumée, et de la musique en arrière-fond de la boite de nuit où la séquence est tournée. Une référence qui devient un peu snob dans la bouche de Gainsbourg, avec la référence au titrage limité à 4 000 exemplaires de l'œuvre. Picabia serait donc un peu l'affaire de quelques initiés avertis, même s’il en rigole.

Pourquoi cette admiration pour Picabia chez Gainsbourg ?

On peut d'abord avancer des raisons qui semblent superficiellement évidentes : un goût pour la provocation et le blasphème, et une forme de pornographie sulfureuse.

Ensuite Jésus-Christ Rastaquouère offre à Gainsbourg un plaisir de la citation dont il ne s'est pas privé de profiter. Les formules compressées et poétiques de Picabia se prêtent bellement à l'exercice, et notamment une phrase que Gainsbourg citait très souvent : "MOI, JE ME DÉGUISE EN HOMME, POUR N’ÊTRE RIEN."

Un autre élément de fascination a sûrement trait à la peinture de Picabia. Ancien étudiant des Beaux-Arts, Gainsbourg a d'abord essayé d'embrasser la carrière picturale, avant de lacérer toutes ses toiles, consterné par l'absence de talent qu'elles contenaient. Picabia et plus largement le mouvement dada ont exercé une influence sur le jeune Lucien. 

Concernant la peinture Gainsbourg a par ailleurs opéré, dans plusieurs entretiens, une grande distinction entre ce qu'il appelait l'art majeur (la peinture et la poésie) et l'art mineur qu'était la chanson. Et il est assez étonnant  d'observer qu'il maintienne ainsi une distinction somme toute très classique entre le majeur et le mineur. Distinction que Picabia lui-même cherchait à effacer dans Jésus-Christ Rastaquouère. Où il écrivait : "Les spécialités séparent l’homme de tous les autres hommes."

"Dans aucune œuvre, que ce soit peinture, littérature ou musique, il n’y a de création supérieure ; tous ces travaux sont semblables. L’œuvre la plus idéale est celle répondant davantage à certaines conventions qui vous paraissent neuves parce que vous ne les connaissez pas ou parce qu’elles ont été plus ou moins oubliées. Il n’y a ni erreur, ni déviation ; notre cerveau est une éponge qui s’imbibe de suggestions, c’est tout."